Hommage à Anémone

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Une part de mon enfance disparaît avec Anémone. Le Grand Chemin de Jean-Loup Hubertreste l’un des plus beaux films du cinéma français. Registre dramatique. Anémone savait tout jouer. Immense artiste.

J’ai tant ri en regardant Le Père Noël est une ordure. Inoubliable Thérèse. Comédie devenue culte. La troupe du Splendid est alors à son apogée.

Viens chez moi j’habite chez une copine de Patrice Leconte. Autre moment de joie. Anémone et Bernard Giraudeau sont réunis à jamais.

Anne Bourguignon apparaît pour la première fois sur les écrans en 1968. Philippe Garrel lui offre le rôle d’Anémone. Nom de scène.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai visionné quelques-uns de ses entretiens. Femme libre. Révoltée aussi. Magnifique. Drôle. Unique.

Je me souviens de cette scène poignante à la fin du Grand Chemin. Anémone et Richard Bohringer. Émouvantes retrouvailles. La musique de Georges Granierest ancrée dans les mémoires.

Le Petit Prince a dit. Chef-d’œuvre.

Marion Allard-Latour

Hommage à Agnès Varda

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Agnès Varda a su me faire changer de regard sur le monde qui nous entoure. À travers ses films bien évidemment. J’admire sa générosité et son audace. Mon premier souvenir est le visionnage de Cléo de 5 à 7 (1962). Émotion. Déambulation d’une femme dans les rues de Paris. Elle a peur de souffrir d’un cancer. Ses yeux sont aussi les nôtres. La chanson Sans toi ne cesse de m’émouvoir. Angoisse et volonté se mêlent. Choc esthétique.

Jacquot de Nantes (1991) me bouleverse profondément. Déclaration d’amour d’Agnès Varda à Jacques Demy. Les spectateurs découvrent l’enfance du réalisateur d’Une Chambre en ville. Nantes et le passage Pommeraye. Lola.  

Les Demoiselles ont eu 25 ans (1993). Catherine Deneuve et Françoise Dorléac resteront toujours les jumelles de Rochefort. Intemporel.

J’ai été éblouie par La Pointe Courte (1955) avec Silvia Monfort et Philippe Noiret. Couple cherchant la quiétude à Sète. La photographie est d’une splendeur inégalée et inégalable. Oeuvre prodigieuse. Les prémices de la Nouvelle Vague.

Visages Villages (2017) m’a ravie. Agnès Varda et l’artiste plasticien JR forment un duo tendre et étonnant. Voyage en France. La musique de Matthieu Chedid apporte à l’œuvre une note touchante. Merveilleuse.

Fantastique Jane B. par Agnès V. (1987) Jane Birkin et Agnès Varda sont complices dans cette ode à l’amitié. Entre réalité et fantasme, Jane Birkin se livre avec humour et fantaisie. Saisissant.

Agnès Varda est aussi une militante féministe. L’une chante, l’autre pas (1977) demeure un hymne à la liberté des femmes. Le droit de disposer de son corps. La cinéaste fait honneur à toutes celles qui se sont battues pour avoir le choix. Sororité.

1995. L’Univers de Jacques Demy. Agnès Varda l’a rejoint. Les caméras ne cesseront de tourner.

Marion Allard-Latour

Hommage à Paul Bocuse

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Lyon est en deuil. Paul Bocuse vient de s’éteindre. Plusieurs générations de fins gourmets perdent un maître. De Collonges au quartier de la Tête d’Or en passant par le 2èmearrondissement, Monsieur Paul a su créer au fil des années un lien fort entre son art culinaire et de nombreux fidèles.

Depuis ma plus tendre enfance, déjeuner ou dîner dans l’un de ses restaurants est un rituel.

La Brasserie de l’Est reste un émerveillement pour la petite fille que je fus. Située dans l’ancienne gare des Brotteaux, le charme opère instantanément. Beauté des lieux. Grandeur. Un train miniature circule au-dessus de nos têtes. Je déguste ainsi des mets exceptionnels dans un cadre authentique.

Ma place favorite est celle où je suis installée à hauteur des cuisiniers. Action. Les desserts, dont le fameux vacherin, sont préparés sous mes yeux. Une chance inouïe.

Je n’oublie rien de ces moments exquis.

Le Nord. Deuxième découverte. Ambiance studieuse. Le Collège Ampère où j’effectue ma scolarité se trouve à proximité. Plaisirs gustatifs. Avoir onze ans et faire comme les adultes. Apprécier, savourer et revenir. Toujours.

Souvent, nous nous décidons à traverser la Saône pour nous rendre à l’Ouest. Le goût de l’Atlantique. Un certain exotisme aussi. Parfaite alliance.

Nous avons toutes et tous conscience que le plus grand chef du monde est Lyonnais. Quel merveilleux point commun, l’amour pour une ville !

Je garde en mémoire le récit de mes grands-parents lorsqu’ils se sont rendus à Collonges. Luxe et volupté !

Aujourd’hui les gones pleurent.

                                                                                   Marion Allard-Latour

Hommage à Simone Veil

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Le 30 juin, Simone Veil est partie. Elle représentera à jamais une femme d’exception qui a marqué la France  par sa détermination, son courage, sa pudeur aussi.

Simone Jacob est née à Nice le 13 juillet 1927. Elle vit une enfance heureuse jusqu’à un jour de mars 1944 où elle est arrêtée par la Gestapo. Le début de l’enfer. Après avoir été transférée à Drancy avec sa mère et sa sœur Milou, elles sont toutes les trois déportées au camp d’Auschwitz-Birkenau. Simone Jacob a 16 ans. Elle résiste à tout. La présence de sa mère et de sa sœur l’aide à tenir. Elles forment un trio et rien ne doit les séparer. Sa mère, Yvonne Jacob, meurt à Bergen-Belsen du typhus en 1945. La tragédie absolue. Son père et son frère ont été déportés vers la Lituanie mais Simone Veil n’a jamais su où et quand ils sont morts. Seules les trois sœurs Jacob ont survécu. Son autre sœur Denise, Résistante, avait été déportée à Ravensbrück. Elle témoignera très souvent jusqu’à sa disparition en 2013.

Peu de temps après son retour à Paris, elle rencontre celui qui deviendra son mari, Antoine Veil. Le début d’une nouvelle vie. Ils auront trois fils. Mais un nouveau drame touche Simone Veil. Elle perd sa sœur Milou et son neveu dans un accident de voiture en 1952.

En 1956, elle se présente au concours de la magistrature et débute sa carrière dans l’administration pénitentiaire. Mais c’est en 1974 que Simone Veil est révélée au grand public lorsqu’elle est nommée par Valéry Giscard d’Estaing comme ministre de la Santé. Elle est alors chargée de faire passer une loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse. Un long combat. Simone Veil reçoit de nombreuses insultes. Ignominies. Lorsqu’elle monte à la tribune de l’Assemblée Nationale le 26 novembre 1974, des députés de son propre parti politique l’attaquent violemment. Mais la ministre de la Santé ne faiblit pas et la loi est adoptée.

Nous, les femmes, nous lui devons tout. Grâce à elle, nous sommes libres de disposer de nos corps et de nos choix.

Simone Veil continue une brillante carrière politique même si elle admet qu’elle n’a aucune ambition. Pourtant en juillet 1979, elle est élue présidente du Parlement européen. Un symbole aussi. Depuis la fin de la guerre, Simone Veil a toujours désiré la réconciliation avec l’Allemagne et la construction d’une Europe forte. Vouloir vaincre les ténèbres pour laisser place à la lumière.

Ma première « rencontre » avec Simone Veil remonte à mes onze ou douze ans lors de la parution de son livre « Une vie ». Cependant, elle m’a accompagnée tout au long de mes vingt années d’existence inconsciemment puis consciemment. Combien de fois ais-je regardé d’anciennes émissions où elle est interviewée. La voix de la liberté.

Je me souviens aussi lorsque j’avais regardé à la télévision, émerveillée, son entrée à l’Académie française en 2010. Son fauteuil avait appartenu à Racine. Une fierté. Simone Veil devenait ainsi Immortelle. Immortelle, elle l’est assurément.

Il y a deux jours, j’ai découvert une extraordinaire émission datant de 2004, où après vingt minutes d’entretien, Simone Veil doit choisir une chanson parmi plusieurs propositions. « La Solitude » de Barbara résonne alors. Son regard est magnifique. L’émotion est palpable. Simone Veil est belle.

Merci pour tout et comme l’a si bien dit Jean d’Ormesson lors de la cérémonie à l’Académie française : « Nous vous aimons, Madame ».

Merci Simone Veil. Pour toujours !

Marion Allard-Latour