La Grande Librairie : une émission littéraire au sommet !

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Tous les férus de littérature ont un jour ou l’autre regardé La Grande Librairie. François Busnel, maître des lieux, anime avec enthousiasme et élégance ces conversations passionnantes et enrichissantes.

 

Assister à l’enregistrement de l’émission fut un grand bonheur d’autant plus que les invités étaient exceptionnels. Ainsi, Jacques Weber, Jean Teulé, Olivier Bourdeaut, Éric Holder et Faïza Guène sont venus parler de leurs œuvres.

Entrez dans la danse. Le titre du dernier ouvrage de Jean Teulé donne de l’espoir. Il n’en est pourtant rien. Au début du XVIème siècle, la ville de Strasbourg connaît une épidémie sans précédent. Les habitants, victimes de fièvre, se mettent à se déhancher follement.

L’écrivain déclare sa flamme à l’Histoire. Romancée et saisissante !

Son humour se retrouve à l’écrit comme à l’oral ! Joyeux Jean Teulé !

Jacques Weber lit quelques passages de ce texte. Grandiloquence !

Le même Jacques Weber, l’un des plus grands comédiens de notre temps, redevient homme de lettres. Il s’intéresse à la figure de Flaubert. Vivre en bourgeois, penser en demi-dieux. Tout un programme !

La correspondance de Gustave relate son état d’esprit, ses joies et ses contrariétés. Aimant le Monde, l’auteur de Madame Bovary découvre d’autres horizons. Jacques Weber se transforme en enquêteur. Un délice.

Olivier Bourdeaut nous étonne encore et toujours. Avec Pactum Salis, il raconte le lien d’amitié unissant deux garçons. Le premier travaille dans les marais salants, le second est agent immobilier. La ville et la campagne. Deux mondes opposés. Un événement scellera leur destin.

L’évasion est présente. La belle n’a pas sommeil. Éric Holder nous invite dans la librairie de ses rêves. Elle se trouve au milieu d’une forêt. Le personnage vit paisiblement, jusqu’à l’apparition d’une lumière. Elle porte le nom de Lorraine. Surprise de l’existence.

Nous sommes transportés par ce récit.

Faïza Guène nous explique le fonctionnement de la génération Y. Millénium blues. Avoir entre vingt et trente ans aujourd’hui. Nous n’écrivons plus de lettres mais des SMS. Nous communiquons en illimité sur des sujets peu importants.

Deux femmes, se connaissant depuis leur plus tendre enfance, ont grandi entre la fin du XXème et le début du XXIème siècle. Les évènements tragiques du 11-Septembre les ont profondément atteintes.

Un soir d’avril 2002 choque à jamais Zouzou, l’une des héroïnes.

Naissance d’une conscience politique.

Ne rien céder.

De sublimes lectures nous attendent !  Nous pouvons voyager à plusieurs endroits en même temps ! Heureux avantage !

Marion Allard-Latour

Le jardin est-il une oeuvre d’art ?

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Le Grand Palais proposait le 17 mai une conférence portant sur le thème des jardins. L’orateur, Michael Jakob, professeur d’histoire et de théorie du paysage à Genève a ainsi livré au public les secrets bien cachés de ces merveilles de la nature.

Plusieurs questions sont posées en introduction. Les jardins représentent-ils une modernité ? Ils sont d’abord créés pour instruire l’observateur, le promeneur, le curieux. Ils forment un ensemble sémiologique incluant alors plusieurs paramètres comme le temps, la région ou les plantes cultivées. Le jardin est aussi un objet philosophique.

Michael Jakob nous propose d’étudier les caractéristiques de trois jardins contemporains. Le premier est celui constitué près d’Edimbourg par Ian Hamilton Finlay. Il est poète et décide de transformer dans les années 1960 le jardin qui entoure sa propriété. La particularité du lieu dit « Little Sparta » est qu’il dispose de multiples objets (sculptures, inscriptions…). Très marqué par la Seconde Guerre mondiale, Finlay fera même représenter un sous-marin qui s’intègre finalement bien dans ce milieu. Il y a chez Finlay une idée de discontinuité et de jeux permanents entre les éléments de la nature et les objets.

Le second jardin cité en exemple est celui de Charles Jencks. Philosophe et architecte américain, il modifie également un jardin en Ecosse. Il le nomme « Garden of the cosmic speculation ». Le jardin est constitué de plusieurs monticules superficiels. Lorsque l’on regarde bien les images projetées, on pourrait se croire dans un autre monde, fait de magie et d’onirisme. Jencks est un théorien postmoderniste, ce qui explique aussi son goût pour l’urbanisme.

La dernière œuvre est consacrée à Derek Jarman. Il est avant tout un acteur et un réalisateur anglais. Il se constitue un jardin dans le Kent alors qu’il est atteint du sida et vit ses derniers mois. Pour lui, ce jardin est un lieu thérapeutique. Jarman considère aussi que son cottage est un chef-d’œuvre ; il en fait donc un objet de désir en permanente mutation.

Dans ces trois jardins, on retrouve plusieurs thèmes communs comme la présence du texte à travers les inscriptions présentes sur des objets. La poétique de la citation est également intégrée dans ces œuvres. On observe l’influence de Baudelaire chez Finlay qui n’hésite pas à reprendre des citations du poète. Elles font parties du lieu et se mélangent aux végétaux. Poésie extraordinaire. Cependant, comme tous les artistes, les trois hommes sont aussi dans la provocation. Par exemple, Jarman désire que l’on considère son jardin comme un « jardin du rien ». Tout change selon les saisons mais son œuvre est un espace rempli d’objets de curiosités.

Les jardins sont alors considérés comme des œuvres d’art. Ils sont des lieux d’inspiration et de réflexion.

Ils allient la littérature et la poésie. Les mots et les plantes sont les meilleurs amis du monde.

Les auditeurs sont conquis par ces belles histoires. Une histoire d’art, une histoire de civilisation. Un bel apprentissage !

                                                                           Marion Allard-Latour

Quatre belles rencontres !

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Ce 22 avril, un événement exceptionnel avait lieu à la Maison de la Radio ; quatre masterclasses avec le réalisateur Costa-Gavras, la réalisatrice Agnès Varda, le cinéaste Arnaud Desplechin et l’architecte Jean Nouvel. Retour sur une superbe journée, placée sous le signe de l’amour du cinéma et du goût des belles choses.

Costa-Gavras, un cinéaste engagé

La première masterclasse de la journée est celle de Costa-Gavras. Un monument du cinéma. L’Aveu, Z, Amen, Clair de femme,tant de chefs-d ‘œuvre. Le réalisateur commence par évoquer sa conception du cinéma, qui est avant tout politique. Ses films le montrent à chaque fois comme dans le très beau Missing qui parle du coup d’état du 11 septembre 1973. Mais dans l’ensemble des œuvres de Costa-Gavras, il est toujours question de résistance. Résister, le mot revient tout au long de la conférence. Un besoin de témoigner de faits politiques contemporains pour interpeller le monde, le faire réfléchir. Quoi de mieux que le cinéma pour faire passer un message. D’ailleurs Costa-Gavras dit de tous les films qu’ils ont le formidable avantage de faire le tour de la planète. Le 7ème art est universel, il ne connaît ni les frontières ni les âges.

Agnès Varda, la mémoire du cinéma

Quelle émotion ! Agnès Varda, réalisatrice de Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi, Jacquot de Nantes, est présente pour le plus grand bonheur du public. Tout au long de sa masterclasse, la cinéaste parle de ses « trois vies ». Après avoir étudié la photographie aux Beaux-Arts de Paris, Agnès Varda est employée par Jean Vilar et devient la photographe du TNP. Sa seconde « vie » est la plus connue, celle d’une carrière hors norme. Son premier film, La pointe courte (1955), réunit Silvia Monfort et Philippe Noiret. Puis viendront toutes les autres œuvres, Cléo de 5 à 7, avec Corinne Marchand, Jacquot de Nantes, qui raconte l’enfance de Jacques Demy à Nantes et la naissance de sa passion pour le cinéma, et de nombreux documentaires dont Les Glaneurs et la Glaneuse, Les plages d’Agnès…

Aujourd’hui, Agnès Varda réalise de nombreuses expositions notamment pour la Fondation Cartier. Très récemment, la réalisatrice a également participer à un important projet cinématographique avec l’artiste JR. Tous deux ont parcouru les routes de France à la rencontre des gens. Là encore, une histoire de mémoire.

Une magnifique rencontre !

Arnaud Desplechin, le maître

Ma première rencontre fictive avec Arnaud Desplechin date de 2008 lors de la sortie d’Un conte de Noël. Rarement ais-je été aussi transportée par un film. Puis en grandissant, je vis Rois et reines et très récemment son premier métrage, La Vie des morts (1991).

Pour le réalisateur le cinéma est avant tout une croyance. Ses inspirations viennent essentiellement du cinéma américain période Nouvel Hollywood (Coppola, Kubrick, Hopper…).

Tous ses films ont des liens, à commencer par le choix des noms et des prénoms. Même si les personnages portant les mêmes prénoms sont interprétés par des acteurs différents dans chaque œuvre, le spectateur comprend qu’ils appartiennent tous à la même famille, qu’ils sont tour à tour heureux, malheureux, tourmentés, incompris. Cette connivence, magnifique et unique, fait les beaux jours des cinéphiles du monde entier !

Jean Nouvel, architecte de génie

Pour clôturer ces masterclasses, Jean Nouvel est venu nous parler de son œuvre, mais aussi de sa conception de l’urbanisme. Ancien élève d’architecture aux Beaux-Arts de Paris, Jean Nouvel considère que cet art a un rôle primordial à jouer dans la société. Fortement inspiré par ses maîtres Paul Virilio et Claude Parent, toutes ses constructions ont pour but de modifier un espace et de le rendre accessible à tous. À Paris, on lui doit l’Institut du monde arabe, la très belle salle de la Philharmonie, le musée du Quai Branly ou encore la Fondation Cartier. Des lieux de culture, aujourd’hui très fréquentés et appréciés.

En nous parlant de son travail, l’architecte affirme que ce qui est important dans ce domaine, c’est la division des tâches. Il y a bien évidemment celui qui imagine, dessine puis réalise le projet et ceux qui le construise. Tout est lié et le partage des idées est nécessaire afin de réaliser des monuments qui ont pour vocation à rester en place des siècles (on l’espère !)

Quatre rencontres superbes et marquantes ! L’art, la création et la beauté étaient au rendez-vous !

 Marion Allard-Latour