Estivales de Brou 2019 : Haendel à l’honneur

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Les festivals estivaux comblent un large public à travers toute la France. Au sein du magnifique cloître de Brou, situé à Bourg-en-Bresse, une soirée était dédiée à Haendel. Sous la direction de Jean-Marie Curti, le Chœur Départemental de l’Ain et l’Orchestre des Musiciens d’Europe ont interprété une belle partie de l’œuvre du compositeur allemand.

Les oreilles averties reconnaissent immédiatement le style d’Haendel. Furieusement enjoué ou dramatiquement puissant. Music for the Royal Fireworks. Feux d’artifice auditifs. L’imagination laisse entrevoir des étincelles de splendeur. Trumpet Voluntary and Tune nous transporte jusqu’à la Cour d’Angleterre. Solennité. Notes festives.

Psaume Laudate Puere Dominum HWV 237 nous transperce de bonheur. Grâce absolue. Promenade au fil des accords. Gloria gloria.

 La seconde partie du concert est somptueuse. Dixit Dominus HWV 232. Les émotions se succèdent. Nous sommes comme hypnotisés. Clair de lune. Les étoiles sont aussi brillantes que les voix des sopranos. Catherine Rouard, Isabelle Kleisl et Valérie Dellong. Le ténor Philippe Jacquierat complète superbement ce quatuor.

Un moment musical intense !

Marion Allard-Latour

« Carmen » de Bizet : une version très moderne

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Le Festival Musica se tenant chaque année au Mans, proposait parmi une large programmation, la redécouverte de Carmen. Opéra le plus joué au monde. Diana Higbee, interprète merveilleuse, présentait avant le début du spectacle quelques explications sur cette œuvre de Georges Bizet.

Alliage entre classique et rock. Nouveauté.

Vision féministe. Carmen est une grande séductrice. Dans le beau parc du Musée de Tessé, les sentiments se compliquent. Don José est d’une violente possessivité. Il ne peut supporter de perdre Carmen. Les chants mélodieux que Micaëla lui conte posément ne permettent pas à l’homme de calmer sa colère. Carmen est unique. Son cœur doit être pur.

Carmen représente la liberté. Esprit vif et intelligent.

Escamillo, séduisant toréador, est l’amant de Carmen. Don José est devenu une ombre. La nuit tombe peu à peu. Le dénouement s’annonce tragique. Les cartes ne montrent que la mort. Carmen se sait condamnée. Frasquita et Mercédès sont ses fidèles compagnes. Unies face à l’adversité.

Diana Higbee incarne une flamboyante Carmen. Sabine Revault d’Allonnes donne une dimension engagée au rôle de Micaëla. David Kohn et Steeve Brudey-Nelson apparaissent respectivement sous les traits de Don José et d’Escamillo. Splendide intensité. Angéline Le Ray et Åsa Junesjö sont parfaitement à l’unisson.

Impressionnant orchestre !

L’amour est un oiseau rebelle

Marion Allard-Latour

Prévert renaît grâce à Yolande Moreau et Christian Olivier

IMG_4531.jpgJolie décision que de reprendre des textes de Jacques Prévert, connus ou oubliés. Yolande Moreau et Christian Olivier sont les poètes d’aujourd’hui. Nous rions à gorge déployée avant que les larmes ne s’invitent quelques instants. Puis elles sont ravalées. Va-et-vient subtil et mélancolique.

T’as d’beaux yeux tu sais, Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple… Phrases résonantes pour chaque être ayant un peu vécu.

Prévert est l’éternel absent de la scène. Il est pourtant bel et bien présent. Miracle. Son âme voltige au-dessus de nous. Yolande Moreau et Christian Olivier sont habités par la figure de cet artiste intemporel.

Poèmes. Chansons. Les sujets abordés sont drôles puis tragiques. Politiquement incorrect aussi. Affronter chaque époque par le biais de l’intelligence. Révolution ! Dieu est rhabillé pour l’hiver !

Les deux complices entraînent le public dans un lieu où seuls les mots sont pérennes.

Le couple, la solitude, l’ennui de l’existence, le refus de se soumettre véritablement à l’autre…

Ceux que l’on appelle les émigrés ont toute leur place dans cet espace dédié à l’art. Ils bravent le danger en pensant à un avenir meilleur. Christian Olivier leur rend un vibrant hommage. À tous les opprimés de la terre… Les familles qui fuient la guerre. Les enfants blessés. Orphelins des temps modernes.

Un semblant de légèreté revient avec une interprétation sublime des Feuilles Mortes. Le chanteur des Têtes Raides nous enveloppe de sa voix suave. Yolande Moreau est tendre et délurée.

Trio absolument génial ! Les musiciens accompagnent les comédiens sur des airs jazzy. Tout nous parvient avec délicatesse.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Prévert au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 février 2019

La Musique en fête au domaine de la Richardière

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La saison estivale débute agréablement. Les élèves étudiant à l’école de musique de Marçon ont interprété plusieurs airs entraînants. Tarantelle, valse, boléro… Le public, séduit, apprécie la remarquable acoustique. Le plaisir n’en est que plus intense.

La Richardière est un lieu de création exceptionnel. Merveille nichée au cœur de la Vallée du Loir.

Sous une pluie battante, nous déambulons entre les différents ateliers. Oblivion d’Astor Piazzolla continue de donner des frissons.

Voyage en Amérique latine. Aller sans retour.

L’orage se fait menaçant. Puis une éclaircie apparaît. Dix violoncellistes reprennent une partition connue de tous. Dès les premières notes, je crois entendre le thème de la Sarabande d’Haendel. Somptueux arrangement. Les cinéphiles pensent immédiatement à Barry Lyndon. Gravité et beauté.

La Follia célébrée par Corelli résonne plus forte que le tonnerre. Ô temps suspendu.

Les averses sont fréquentes. Le miracle se produit lorsque des jazzmen enchaînent les grands classiques du répertoire. Ainsi Caravan nous fait danser.

Une journée fantastique placée sous le signe de la qualité.

Marion Allard-Latour

Joan Baez : la dernière tournée d’une légende militante

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Salle comble à l’Olympia. Joan Baez fait ses adieux à la scène. Douce euphorie lorsqu’elle apparaît. Émus, nous sommes.

Farewell Angelina retentit. Un ange passe. La voix de Joan Baez n’a pas changé. Avec sa guitare, l’artiste forme un couple mythique.

Nous fredonnons des airs connus. Here’s to you, Amazing Grace…  Belle union.

Joan Baez est une femme engagée. Ainsi chante-t-elle pour les migrants. Transmettre des messages à travers le monde. La solidarité est la plus noble des valeurs.

Joan Baez pense également aux victimes des fusillades. Celle de Parkland a profondément marqué les esprits. Elle dédie l’une de ses œuvres à cette jeunesse courageuse et digne affrontant l’horreur.

Le silence est précieux en cet intense moment.

Soudain, L’Auvergnat de Georges Brassens est repris en chœur. Puis vient Le temps des cerises.

Une soirée ne ressemblant à aucune autre.

Marion Allard-Latour

Alexandre Tharaud : un virtuose à la Philharmonie de Paris

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Ce week-end, la Philharmonie de Paris proposait un concert d’Alexandre Tharaud. Le célèbre pianiste a interprété la Fantaisie en fa mineur opus 49 de Chopin ainsi que plusieurs œuvres de Rachmaninov. Retour sur un après-midi musical.

Moment d’allégresse

Le concert débuta avec une œuvre de Frédéric Chopin. Dès les premières notes, l’émotion se fit ressentir. Placée dans les premiers rangs d’une salle à l’acoustique parfaite, je fus transportée par cette fantaisie à la fois tonique et douce. Les souvenirs d’enfance et la musique de Chopin se mélangent à chaque fois ; mais voir Alexandre Tharaud jouer si merveilleusement ajoute un bonheur sans égal pour tous les mélomanes.

Le pianiste et la soprane

Le moment de grâce fut lorsque la soprane Veronika Dzioheva (originaire d’Ossétie du Sud) interpréta les Douze Romances de Rachmaninov. Il s’agit d’œuvres chorales peu connues du grand public. Les paroles furent écrites par Rachmaninov avant son exil forcé dû à la révolution d’Octobre.

Sa volonté était, à travers ces romances, de chanter l’âme russe. Veronika Dzioheva l’incarne à la perfection. Chaque note raconte une histoire et chaque romance fait renaître l’âme du compositeur russe.

L’accord parfait entre la cantatrice et le pianiste a réjoui la salle entière.

Le concert s’est terminé par les Cinq Morceaux de fantaisie opus 3 de Rachamninov. Là encore, Alexandre Tharaud impressionne. Lors de l’écoute du Prélude, je fus extrêmement touchée par cette œuvre qui est l’une de mes favorites.

Plus d’une heure où le piano et la voix furent les maîtres du temps !

 Marion Allard-Latour