Carré 35 d’Eric Caravaca : une famille secrète

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L’acteur Éric Caravaca nous emmène dans son univers familial. Un documentaire d’une grande intensité émotionnelle où les non-dits des parents sont source d’incompréhension pour leurs enfants.

Éric Caravaca a un frère aîné. Cependant, il sent qu’une ombre plane.

Un jour, il visite un cimetière suisse. Une tristesse inexpliquée s’empare alors de lui.

Christine. La sœur disparue. Éric Caravaca n’était pas né. Sa mère, Angèle, n’en a que très peu parlé. L’enfant est décédée à l’âge de trois ans.

Éric Caravaca enquête.

Christine a rendu son dernier souffle à Casablanca, chez sa tante. Angèle et Gilbert ne sont pas présents. Ils vivent depuis quelques temps en France.

  1. Année fatidique.

Le comédien plonge dans ses archives personnelles. À la fin de la décennie 1950, Angèle et Gilbert se marient. Insouciance et bonheur. La douleur est pour plus tard. Personne ne le sait encore.

Les spectateurs vivent cette histoire comme s’il s’agissait de la leur. Les destins se croisent.

Tous deux espagnols, ils ont dû s’exiler au Maroc. Les massacres sont permanents. Pourtant, les deux jeunes gens semblent profiter de leur jeunesse.

Christine fait son entrée dans le monde en 1960. Gilbert témoigne devant la caméra. Sa version s’oppose à celle de son épouse.

Christine est trisomique. Angèle décide de cacher le mal de sa fille.

Ils déménagent à Alger. Puis séjournent de nouveau à Casablanca. Là, ils laissent Christine.

Éric Caravaca cherche avec obstination la tombe de sa sœur. Elle est enterrée au cimetière français de Casablanca. Carré 35. Son nom est gravé dans le marbre. Sur le petit livre blanc, l’emplacement de la photographie est vide. Pillage.

Néanmoins, Éric Caravaca est étonné de découvrir une jardinière accompagnant Christine dans son éternité.

Les images se superposent. Hier et aujourd’hui. Angèle revient au Maroc. Son fils la filme en train de se recueillir. Elle a retrouvé Christine.

Marion Allard-Latour

L’échange des princesses, Louis XV ou la difficulté d’être roi

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Le réalisateur Marc Dugain a eu la fabuleuse idée d’adapter le roman éponyme de Chantal Thomas sur grand écran.

Le résultat est plaisant.

En 1721, le jeune Louis XV, onze ans, est en proie à devenir roi de France. Seul face au pouvoir. Cependant, sa gouvernante, l’exquise Mme de Vendatour, reste très présente. À ses côtés.

La décision est prise de marier Louis XV à une jeune femme afin de donner au Royaume de France un héritier.

Le duc d’Orléans, assurant alors la régence, organise l’événement. Il choisit pour son protégé, Marie-Victoire de Bourbon, la plus jeune enfant de Philippe V d’Espagne. Petit-fils de Louis XIV, ce dernier est dévasté de devoir donner sa fille à un pays longtemps ennemi.

La stratégie est de mise. Louise-Elisabeth d’Orléans se destine à épouser Louis Ier d’Espagne, fils de Philippe V.

Cet accord tend à réconcilier la France et l’Espagne après des années de guerre.

L’échange se déroule de façon extrêmement protocolaire.

Marie-Victoire, heureuse et impatiente de rencontrer le futur Louis XV, ne cache pas malgré son âge peu avancé, une grande émotion.

Elle est accueillie avec beaucoup d’étonnement.

Le duc d’Orléans meurt soudainement. Louis XV devient le nouveau roi. Digne.

La fille du défunt, Louise-Elisabeth s’acclimate difficilement à la Cour d’Espagne. Elle n’éprouve pour son mari aucun sentiment.

Enchaînement de maladresses. Louis 1er semble quant à lui épris de cette belle femme. Souffrances.

Philippe V décide d’abdiquer. Posté devant le portrait de Louis XIV, il fait une déclaration emprunte de solennité et de gravité.

Louis 1er est roi à son tour. Le couple royal est effrayé.

Leur destin est tragique. Louis décède de la variole quelques mois plus tard.

Philippe V reprend ses anciennes fonctions. Immanquablement.

À Versailles, l’entourage de Louis XV se rend compte que Marie-Victoire ne peut avoir d’enfant.

Elle est rendue à ses parents. Petite fille affectueuse et charmante.

Le film montre avec vigueur et esprit la difficulté pour d’insouciantes personnes à régner.

Entre profits et malheurs, les protagonistes font face à des situations toujours périlleuses.

Nous sommes séduits par les fastes décors.

Les acteurs nous offrent des prestations de qualité. Lambert Wilson incarne Philippe V de manière juste et forte.

Juliane Lepoureau est exceptionnelle en Marie-Victoire. La naissance d’une étoile.

Une fresque historique passionnante.

Marion Allard-Latour

Maria Callas : la voix d’un siècle

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Quarante années après sa disparition, l’ombre de Maria Callas est présente dans les salles d’opéra du monde entier.

Un magnifique documentaire lui est consacré. Maria by Callas de Tom Volf plonge les spectateurs au sein d’un univers artistique et médiatique.

Maria Callas naît et grandît à New-York, ville de tous les possibles. Dotée d’une voix en or, la jeune femme fascine.

Le film nous fait découvrir de nombreux entretiens de la diva. À chaque période de sa vie, la Callas est aussi belle qu’intimidante. Elle parle de son rapport au métier de chanteuse lyrique, à la difficulté de mener à la fois une vie professionnelle et personnelle exemplaire. Cependant, les regrets ne semblent pas faire partie de son état d’esprit.

Maria Callas se définit comme une comédienne. Tragédienne.

Casta Diva. Bellini. Elle ressemble à une reine. Nous fermons les yeux. Rêve.

Sa carrière ne fut pas simple. En 1958, alors qu’elle vient d’achever le premier acte de laNorma, la Callas, malade, ne remonte pas sur scène. Huée. Scandale à Rome.

La décennie 1960 est synonyme de liberté pour Maria Callas. Aristote Onassis, célèbre armateur grec, la fait voyager.

Métamorphose.

Elle délaisse son art pour d’autres horizons.

Lors de récitals fameux, la Callas est acclamée. Mythe vivant. Jusqu’à sa disparition, un jour de septembre 1977, son aura est telle que partout où elle paraît, les lieux deviennent divins.

Maria Callas a marqué son temps de par sa grâce et son caractère enflammé.

La voix de Fanny Ardant se mêle aux images d’archives.

La Callas écrit sans cesse à Elvira de Hidalgo, son ancienne professeure de chant. Indéfectibles liens.

Les mots et les notes.

Un demi-siècle de musique.

Pour les mélancoliques, les mélomanes et les autres !

Marion Allard-Latour

Le bonheur est dans la salle obscure !

ob_fb7b5a_bertrand-tavernier.jpgCette semaine, parmi les nombreuses sorties de cinéma, une a attiré mon attention : le film-documentaire de Bertrand Tavernier, Voyage à travers le cinéma français. Impatiente de découvrir les films, les réalisateurs et les acteurs qui ont marqué la vie du plus célèbre cinéaste lyonnais, je pris place dans une des belles salles de L’Arlequin dans le 6ème arrondissement de Paris. Une aventure de trois heures, fascinante, drôle et bouleversante !

Signoret, Gabin, Ventura et les autres

 Bertrand Tavernier fut très tôt marqué par le cinéma et les films de Renoir, Carné, Becker et tant d’autres. Tout le documentaire est jalonné d’extraits de ces chefs-d’œuvre. Le Quai des Brumes, Edouard et Caroline, Une partie de campagne, Le Temps des assassins, Le Doulos font parti du panthéon du cinéaste. Pour tous les cinéphiles présents dans la salle, beaucoup de rires se firent entendre lors du célèbre dialogue entre Belmondo et Gabin dans un Singe en hiver d’Henri Verneuil mais aussi de l’émotion quand apparût sur l’écran le couple mythique formé par Serge Reggiani et Simone Signoret dans Casque d’Or de Jacques Becker.

Plus surprenant, le réalisateur nous fait également part de son goût pour les films policiers avec Eddie Constantine. L’occasion pour les plus jeunes générations de découvrir ces films des années 1950.

Tavernier fréquente dans les années 1960, les réalisateurs de la Nouvelle Vague. Godard, Truffaut mais aussi Chabrol. Mais c’est véritablement grâce à Jean-Pierre Melville qu’il débuta dans ce métier en tant qu’assistant stagiaire. Il participa notamment au tournage du très beau L’Armée des Ombres.

Des films d’Arletty (Hôtel du Nord) et le célèbre Atmosphère, atmosphère est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère à ceux de Claude Sautet, c’est toute l’histoire du cinéma qui défile sous nos yeux.

 L’importance de la musique

Bertrand Tavernier nous parle aussi de la présence de la musique dans les films. On découvre alors que le réalisateur est bouleversé lorsqu’il écoute le thème de la guitare des Jeux Interdits de René Clément ou l’air de trompette magistralement interprété par Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle.

Maurice Jaubert, compositeur de Quai des Brumes ou Joseph Kosma très connu pour sa collaboration avec Jacques Prévert nous font vivre les plus belles pages de la musique de films. Ainsi, nous sommes émus quand Yves Montand chante Les Feuilles Mortes.

Ces derniers se sont aussi beaucoup inspirés des musiciens américains comme Kurt Weil, Gershwin et tout les grands big bands.

Dans les années 1960 et 1970, d’autres grands compositeurs comme Georges Delerue ou Philippe Sarde forment des duos indissociables avec François Truffaut, Jean-Luc Godard et Claude Sautet.

Cette traversée est une merveille, un vrai cadeau pour tous les amoureux du cinéma. Bertrand Tavernier est un fabuleux conteur qui nous donne envie de (re)découvrir les œuvres de Gréville, Becker, Duvivier…

Cette histoire appartient à notre patrimoine et nous procure plus de trois heures de bonheur.

                                                                             Marion Allard-Latour