Macbeth (The Notes) : chronique d’une grande répétition

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Époustouflant spectacle que ce Macbeth (The Notes). Un metteur en scène effectue les derniers ajustements avant la première de sa pièce. Il s’adresse aux comédiens avec franchise et exigence. Le ton employé est caustique.

Macbeth représente l’homme assoiffé par le pouvoir. Il élimine ses adversaires un à un.

Sur le plateau, David Ayala nous subjugue. Afin que le texte de Shakespeare soit mis en valeur, des extraits sont interprétés. Obscurité. Macbeth, Lady Macbeth, Banquo, Macduff… Tous ont des paroles insensées. La salle est saisie par l’instant.

Macbeth continue son parcours meurtrier. L’acteur doit saisir le sens de chaque mot. Minutieux ouvrage.

Le maître de la scène lit ses notes. Passionnément. Maître de ses pensées. Les spectateurs suivent intensément les gestes de cet être hanté par Shakespeare.

La mise en scène de Dan Jemmett s’accorde parfaitement avec le récit.

La performance de David Ayala est sans égale. Immense.

Shakespeare est honoré. Mille fois.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Macbeth (the notes) au Lucernaire jusqu’au 13 octobre 2019

« Madame de La Carlière » : affaire de mœurs

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Le texte de Diderot est d’une saisissante actualité. Deux personnages hauts en couleur racontent l’histoire amoureuse de Madame de La Carlière et du chevalier Desroches. Ou relatent-ils des faits déjà entendus. Desroches est un homme seul. Abandonné par cette société ne s’intéressant qu’à une certaine image.

Sur scène, le duo d’anonymes maîtrise chacun de ses gestes. Madame de La Carlière, veuve, se lie d’amitié avec Desroches. Un conte commence. Il connaît néanmoins ses limites. La dame exige de sa part une exemplaire fidélité. Les minutes qui suivent sont somptueuses. Madame de La Carlière s’engage auprès de cet être. Il lui promet un dévouement absolu.

Les amants semblent vivre paisiblement jusqu’à l’éclatement d’un scandale. Les connaissances du couple donnent leur version. Desroches a commis un péché. Madame de La Carlière l’apprend malencontreusement. Les langues se délient sur la place publique.

Il est intéressant d’observer la conduite des lointains témoins. L’homme défend Madame de La Carlière. Victime de l’incartade commise par son époux. Son acolyte féminin encense Desroches.

Les dialogues brisent les conventions. Madame de La Carlière et Desroches deviennent adversaires. Nos protagonistes sont les juges de ce récit traversant les époques.

La mise en scène se conjugue avec la plus grande des intelligences.

Caroline Silhol et Hervé Dubourjal sont majestueux.

À la conquête des sentiments.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Madame de La Carlière au Lucernaire jusqu’au 3 novembre 2019

 

 

 

 

« Madame Pylinska et le secret de Chopin » : les leçons particulières d’Éric-Emmanuel Schmitt

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Je me souviens avec émotion d’une représentation d’Oscar et la dame rose en 2006. Anny Duperey succédait ainsi à Danielle Darrieux. L’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt possède cette écriture fluide qui transporte le spectateur. Treize ans plus tard, Madame Pylinska et le Secret de Chopin subjugue les mélomanes.

Éric-Emmanuel Schmitt a été ce jeune élève s’essayant au piano. Refusant dans un premier temps ne serait-ce que de l’effleurer, il finit par prendre des cours. Son rêve est de jouer Chopin à la perfection.

La professeure du normalien Éric-Emmanuel est une femme autoritaire et fantaisiste à la fois. Madame Pylinska vit au sein d’un appartement parisien. Son instrument et ses chats pour unique compagnie. Alfred Corto, Horowitz, Rubinstein…

L’humour se glisse entre les notes de ce cher Frédéric. Le pianiste Nicolas Stavy nous émerveille de par ses nombreuses interprétations. Il prend parfois le rôle d’Éric-Emmanuel Schmitt.

L’auteur nous raconte un long parcours avant de pouvoir accéder à Chopin. Madame Pylinska lui donne de nombreux conseils. Se connaître soi-même. Aimer autrui et la nature. Chopin se mérite.

Son amour pour le compositeur lui vient d’Aimée, sa tante adorée. Histoire d’une filiation.

Durant près de deux heures, nous sommes en osmose avec les mots, les accords et les paroles.

La mise en scène de Pascal Faber est harmonieuse.

Éric-Emmanuel Schmitt et Nicolas Stavy forment un beau duo.

Grande valse brillante.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Madame Pylinska et le Secret de Chopin au Théâtre Rive Gauche. Jusqu’au 29 septembre 2019

« Cyrano » revisité : un grand moment de théâtre !

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Personnage connu de tous, Cyrano n’en finit pas de fasciner. La tirade du nez est apprise dès le plus jeune âge. La troupe du Funambule Théâtre s’en donne à cœur joie. Cyrano et ses comparses sont joués par trois femmes. Inversement des rôles. Prodigieuse initiative.

La salle est entièrement allumée à la bougie. Confrontation avec le passé théâtral.

De Cyrano, le public en connaît toutes les facettes. Immense orateur. Chacune des paroles prononcées est un plaisir pour tout être aimant les mots d’esprit et les phrases savoureuses. Merveilleux alexandrins.

Ses ennemis sentimentaux doivent être éloignés de son regard. Roxane, sa cousine, est d’une beauté rare. Elle attise les hommes. Involontairement.

Cyrano est follement épris de cette parente. Son physique improbable le prive d’une fantastique passion. Le baron Christian de Neuvillette a conquis la jeune femme. L’actrice Roxane semble subjuguée par son charme. L’intelligence émanant de sa personne est l’autre atout de Christian. Vérité cachée. Les vers qu’il ne cesse de lui déclamer proviennent de Cyrano. Imparable tactique.

La duègne de Roxane apporte une touche d’humour.

Les masques portés sont comme le reflet psychologique des protagonistes. Insaisissables.

La scène du balcon est toujours d’une émotion palpable. Christian est désemparé à l’idée de ne pouvoir s’exprimer. Un jeu s’instaure alors entre Cyrano et lui. Répétition de chaque syllabe avec hésitation pour le second. Roxane ne devine aucunement ce stratagème. Elle épouse Christian. Cyrano se retire.

Edmond Rostand a sans doute écrit l’une des plus belles histoires d’amour. Notre trio ne trouvera jamais le bonheur désiré.

La mise en scène de Bastien Ossart est intemporelle. La musique ajoute un supplément d’éclat.

Iana–Serena de Freitas, Lucie Delpierre et Nataly Flory incarnent magistralement cette pluralité de figures.

Sensationnel !

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Cyrano au Théâtre Le Funambule jusqu’au 27 octobre 2019

« La Chute » de Camus : parole universelle

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L’œuvre d’Albert Camus est au plus près de l’humain. Ses textes sont de plus en plus joués. Comme un bienfait. Les êtres présents dans la salle se retrouvent en Jean-Baptiste Clamence. Homme avoué et dévoué aux autres. Simple apparence. Clamence est séduisant dans sa complexité. De Paris à Amsterdam, suivons son parcours sans détour.

Premier décor. Un bar nommé Mexico City. Nous sommes aux Pays-Bas. Clamence boit du genièvre plus que de raison. Il parle aisément à l’un de ses semblables, jusqu’alors inconnu. Son existence semble satisfaisante. Avocat au barreau de Paris. Pourtant, Jean-Baptiste a tout quitté. Le plateau s’obscurcit en même que son visage devient blême.

Il quitte l’interlocuteur invisible. Ce dernier doit emprunter un pont afin de rentrer en sa demeure. Clamence explique alors qu’il ne traverse jamais un fleuve au crépuscule. Souvenir douloureux.

Les mots nous parviennent frontalement. Clamence erre dans la nuit. Et se souvient du drame. Une femme plonge au sein d’une eau profonde et mystérieuse. Sa voix fait écho en Jean-Baptiste. Il ne se retourne pas.

Son âme généreuse se transforme en ignorance volontaire. Sa conscience est altérée. L’ancien ténor de la justice se sent démuni. Il fuit son ancienne vie. Amsterdam représente le port des exclus.

Lors de ses longues complaintes, Jean-Baptiste Clamence parle de nous tous.

Un jour, il quitte son costume de notable et le jette méticuleusement à terre. L’habit ne fait pas toujours le moine.

Il est déchu. La jeune noyée l’a enseveli. Cependant, son récit est d’une extraordinaire clairvoyance. Aider son prochain n’est pas exclusivement synonyme de bienveillance. Les intérêts sont souvent les causes d’une charité bien ordonnée.

Ivan Morane interprète Clamence avec intensité.

Marion Allard-Latour

 

 

 

 

« Je poussais donc le temps avec l’épaule » : Proust à l’heure de Combray

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L’auteur d’À la recherche du temps perdu séduit irrémédiablement. Cela doit réjouir les cœurs de tout un chacun. Le comédien Serge Maggiani est le gardien de cette prose. Dès les premiers instants, je me souviens d’À côté de chez Swann. Inoubliable lecture. Je me laisse emportée par chacune des paroles dites. Proust fait constamment appel à sa mémoire. La nôtre suit avec délectation. Comme une savoureuse madeleine.

Combray se dévoile sous nos yeux. Ou dans notre imaginaire. Nous connaissons tous la mère du petit garçon inquiet de ne pas recevoir l’ultime baiser de la journée. Nous devinons son père, autoritaire mais tendre. Et Swann a le visage du mystère.

Serge Maggiani évolue sereinement au sein d’un doux cocon. Il marche tel un funambule.

Proust observe son reflet dans un miroir particulier. La littérature est source de joie et de communion entre les êtres.

Serge Maggiani continue ses pérégrinations à travers les mots. Chaque description est une œuvre d’art. Les longues phrases trouvent là un rythme soutenu et irrésistible.

La performance de Serge Maggiani allie grandeur et générosité.

Charles Tordjman nous livre une mise en scène sobre.

Unique !

Marion Allard-Latour

 

 

« Le Horla » : attention particulière

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De nombreux lecteurs ont gardé en mémoire cette œuvre magistrale qu’est Le Horla. Maupassant, l’indémodable.

Durant une heure, les spectateurs sont confrontés à un homme simple. Et néanmoins singulier. Habitant au sein d’une calme maison, il contemple la mer avec admiration. Élément fondamental d’un quotidien désœuvré.

Un évènement surgit alors de ces eaux. Un voilier venant du Brésil passe. Quelques fractions de secondes. Ou plusieurs minutes. Notre compagnon de route est pris d’une folie soudaine. Un autre être s’est emparé de son esprit. Souvent, il sent la présence de cet intrus. Chez lui. Qui est-il ? Il se démarque de par son invisibilité. Étrange sensation.

L’affecté part souvent. Angoisse permanente.  Il s’emporte. Il est habité par le mal. Et finit par l’apprivoiser pour mieux le faire disparaître.

Le texte de Maupassant prend le public à partie. Cela doit nous fait réfléchir sur la condition humaine. Inlassablement.

La prestation de Florent Aumaître est exceptionnelle. Il incarne sublimement cet individu incontrôlable.

Une pièce majeure !

Marion Allard-Latour