Loir-en-Vallée : premier prix du Fonds Handicap et Société

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Parmi une soixantaine de projets présentés au Fonds Handicap et Société, créé en 2010, trois ont remporté le prix annuel. Reçus au Ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, les lauréats ont ainsi pu exposer les différentes actions de leur structure.

Chantal Lebatard, Présidente du Fonds Handicap et Société, a affirmé sa volonté d’aider les plus fragiles à travers des initiatives culturelles. Le besoin de solidarité est d’autant plus prégnant qu’il nécessite un investissement humain important. Les missions voulues par le Fonds sont définies par des insertions professionnelles et sociales et une participation active aux débats publics.

Galiène Cohu (maire de Loir-en-Vallée), Julie Aubry (responsable de la bibliothèque) et Marie Strehaiano (comédienne) se sont vues décerner une somme de 30 000 euros pour le programme « Passion et partage de lecture pour tous et par tous ». Galiène Cohu désire que les livres réunissent toutes les générations. Marie Strehaiano s’est associée aux quatre communes (Poncé, Lavenay, La Chapelle-Gaugain et Ruillé) afin de lier cette pratique au théâtre. Créatrice de la compagnie « La Fille du Vent », elle souhaite apporter aux jeunes une nouvelle vision de la littérature. Jouer est aussi primordial. Découvrir des textes nouveaux et les mettre en œuvre. Un partenariat avec le Lycée Nazareth débutera dès septembre 2019. Les personnes âgées doivent également pouvoir bénéficier de ce partage. Rompre l’isolement et dialoguer sont les maîtres mots de Galiène Cohu.

« Le Hameau d’Olivier » et « Aide aux devoirs par visio » ont reçu un chèque de 15 000 euros chacun. Le premier apporte aux enfants autistes un soutien considérable au sein d’un lieu unique situé à Thionville. L’équithérapie comme soin. La région Auvergne Rhône-Alpes participe à la réussite de ses élèves habitant loin des principales agglomérations. La visio est synonyme d’avenir scolaire !

Marion Allard-Latour

 

 

 

« Mademoiselle Julie » de Strindberg : impossible amour

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Récit de la lutte des classes. Trois personnages s’affrontent et se confrontent. Julie, née comtesse, est la représentante d’un milieu à part. Christine et Jean sont les serviteurs de Madame. August Strindberg est l’auteur d’un texte déroutant !

Nuit de la Saint-Jean. Fête nocturne. Julie paraît pleine de vie et d’ivresse. Elle parle à ses domestiques comme à ses amis. Passant d’un homme à l’autre, elle vogue au gré de ses envies. Jean est l’objet de son désir. Charnel et spirituel. Pourtant promis à la dévote Christine, il ne s’en préoccupe guère. Julie est belle et effrontée. Elle se présente en femme libre.

Christine doit s’effacer. Irrémédiablement. La richesse de son cœur ne vaut pas celle de la réelle fortune.

Le dialogue entre Julie et Jean est d’un cynisme fou. Ils s’écoutent sans se comprendre véritablement. Intense combat. Le valet ne peut s’enfuir avec l’héritière.

La violence des propos est telle qu’elle oblige le spectateur à regarder en arrière. Julie est une féministe avant-gardiste. Elle n’obéit pas aux diktats de son époque. Fin du XIXème siècle. Elle dérange et impressionne son interlocuteur. Malgré une absence notoire, Christine tient un rôle capital. Résignation. Elle préfère s’en remettre à Dieu plutôt qu’à la gent masculine. Pieuse raison.

L’histoire de Julie est tragique. Père obnubilé par son or. Mère malade. Âme incendiaire.

Anna Mouglalis, Julie Brochen et Xavier Legrand interprètent divinement ce trio. Déchirement. Explosion de colère.

La mise en scène de Julie Brochen est magistrale. Obscurité permanente.

Dieu, Julie ! Chanson de Gribouille.

Dieu, Julie ! Tu n’auras pas d’enfant

Julie, tu n’auras pas d’amant,

Et quand ton lit deviendra froid

Tu auras peur entre tes draps

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Mademoiselle Julie au Théâtre de l’Atelier. Jusqu’au 30 juin 2019

 

« Petit Éloge de la nuit » : Pierre Richard, éternel rêveur

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La seule présence de Pierre Richard sur scène est un immense bonheur. Déambulation nocturne. Les mots des poètes se confondent avec ceux de l’auteur Ingrid Astier. Desnos, Michaux, Neruda et d’autres sont ainsi convoqués pour une heure étoilée.

Pierre Richard livre aux spectateurs une vision particulière de la nuit. Tantôt désirée, tantôt angoissée. Elle n’est jamais neutre. Des cauchemars surgissent. Notre personnage est poursuivi par d’obscures forces. Confrontation devant un tribunal. Réel ou imaginaire ?

Il glisse dans les bras de Morphée.

Danse impériale. Marie-Agnès Gillot ou la divine apparition.

Souvent, la tombée du jour est synonyme de nourritures créatives. Les esprits s’éveillent.Le penseur déclame des vers. De douces musiques parviennent jusqu’à nos chanceuses oreilles.

Le silence est d’or. Nous sommes captivés par cette traversée où poésie et délicatesse sont jumelles.

La mise en scène de Gérald Garutti est une perpétuelle invitation au songe.

Pierre Richard ou l’art de la grâce.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Petit Éloge de la nuit à La Scala jusqu’au 30 juin 2019

 

 

 

« Tchékhov à la folie » : deux pièces efficaces !

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La Demande en Mariage et L’Ours sont les deux pièces présentées dans ce spectacle drôle à souhait. Tchekhov a abandonné sa gravité en nous livrant une toute autre facette. Celle de l’humour, assurément !

Le texte est enlevé. Ton sarcastique. La première œuvre relate l’histoire d’un propriétaire terrien venu demander la main de sa voisine. Le père joue l’entremetteur. Mais l’argent tue souvent la raison. Manque de bon sens. Le possible futur marié s’emporte quant à la question de l’appartenance de certains prés. La caractérielle Natalia défend ses intérêts sans se soucier de la bonne éducation. Elle hurle, renverse la table et s’en prend au pauvre malheureux. Lorsqu’elle apprend les intentions de Lomov, Natalia s’effondre de tristesse. Ne l’a-t-elle pas traité en ennemi ? Elle se calme avant d’éclater à nouveau. Chacun de ses gestes prête à rire. Le trio formera-t-il une vraie famille après tant de péripéties ? Tchekhov s’empare d’un sujet courant en cette fin de XIXème siècle. S’unir à la campagne.

Première partie réussie. Nous sommes séduits par ce jeu authentique. Loin des artifices.

L’Ours est une pépite en la matière. L’homme se montre rustre. Son nom est Smirnov. Il réclame de l’argent à une jeune veuve éplorée. Elle n’est plus sortie depuis sept mois. Son époux disparu la hante. Smirnov décide alors de forcer la porte. Il doit son endettement au mort qui ne l’a jamais remboursé. Elena n’entend rien. Son deuil lui prend tout son temps. Un long combat débute entre eux. La bête tombe amoureux de la belle. Récit classique. Grigori, fidèle confident d’Elena, assiste à ce retournement de situation. Médusé. N’oublions pas que Tchekhov est misogyne. Elena est rattrapée par la réalité de son époque.

La mise en scène de Jean-Louis Benoît représente un confortable intérieur. Théâtre de multiples passions.

Émeline Bayard est extraordinaire. Ses partenaires, Jean-Paul Farré et Manuel Le Lièvre, l’entourent magistralement.

Jouissif !

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Tchekhov à la folie au Théâtre du Poche Montparnasse jusqu’au 14 juillet 2019

« La Dégustation » : le vin et l’amour ont rendez-vous !

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Réunion autour d’excellentes bouteilles de vin. Rouge, blanc et rosé. Le champagne est aussi de la partie. Rien de tel que des bulles pour s’enivrer. Jacques est caviste. Son métier est tout ce qu’il possède. Un jour, une femme entre dans sa chaleureuse boutique. Elle désire offrir un grand cru à ses amis sans-abri. La conversation démarre. Dialogue de sourds. Jacques est peu loquace.

Rue commerçante. Un braquage vient de se produire au sein de la bijouterie voisine. Le jeune voleur se réfugie chez Jacques. Début de nombreuses péripéties. L’humour ne manque pas.

Jacques fait croire à Hortense qu’il donne des cours d’œnologie. Nos papilles restent en éveil. Il invite son ami libraire ainsi que l’ancien délinquant à sa table. Ce dernier est le nouvel employé de la maison. Les liens paraissent tendus entre les quatre protagonistes. Hortense, pourtant catholique pratiquante, se livre à un péché. Celui de boire plus que de coutume. Les rires semblent incontrôlés. La salle les soutient à travers des applaudissements nourris.

Jacques et Hortense sont épris. Ils usent de toutes les techniques avant de s’avouer leurs sentiments véritables. Esquive. Steve, le turbulent apprenti donne des conseils à Jacques quant à l’amour. Jubilatoire. Petite Fleur de Sidney Bechet contre rap du XXIème siècle.

Jacques cache un lourd secret. Passons-le sous silence. Son air faussement désinvolte le protège d’un douloureux passé. Dépendant. Son médecin le somme d’arrêter son fétichisme des verres bien remplis.

Mais comme dans toutes les jolies histoires, un couple naît. Hortense n’a pas d’enfant. La quarantaine lui fait perdre peu à peu ses espoirs de devenir mère. L’Espagne est son unique recours. Procréation médicalement assistée. L’actualité fait débat jusque sur la scène de la Renaissance.

Hortense et Jacques doivent leur passion grâce à la tolérance. Et au Romanée Conti.

La mise en scène d’Ivan Calbérac est riche. Nous sentons l’odeur du Château Margaux. Luxe et volupté.

Isabelle Carré et Bernard Campan sont des interprètes haut en couleurs.

Géniaux Mounir Amamra, Éric Vielard et Olivier Claverie  !

Un spectacle acidulé !

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : La Dégustation au Théâtre de la Renaissance jusqu’au 29 juin 2019

Le Domaine de Chaumont-sur-Loire : jardins secrets

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Avant de découvrir la somptuosité des lieux, il nous faut gravir quelques marches. La Loire, même par temps gris, est belle. Je l’observe de longues minutes. Quiétude.

Le Château de Chaumont a eu pour célèbre propriétaire Catherine de Médicis. 1550. Le village se trouve aujourd’hui en contrebas de l’imposant monument. La reine est seule en sa demeure.

Les jardins sont la source de ma venue. Comment allier Renaissance et époque contemporaine ? De nombreuses œuvres sont exposées. Plusieurs me subjuguent. En plein midi de Klaus Pinter représente une sphère géante composée de feuilles d’or. Luxueuse.

Henrique Oliveira possède une exceptionnelle maîtrise du bois. Artiste. Sculpteur. Le tronc d’arbre s’est métamorphosé en serpent géant. Démesure.

L’artiste brésilienne Janaina Mello Landini impressionne le public de par sa réalisation. Forêt de cordages. Multiples reflets dans les miroirs. Fascinante installation.

Soudain, La serre du Bonheur d’Agnès Varda s’offre à nous. Les murs ont été créés avec des négatifs tirés de son film Le Bonheur (1965). D’emblématiques tournesols comblent la vue des passants. À deux mains réunit ceux qui s’aiment. L’arbre de Nini est d’une poésie folle. Trois œuvres sur cour. Le travail d’Agnès Varda est magnifiquement mis en valeur.

J’admire les iris. Chaque fleur est porteuse d’une histoire particulière.

Les écuries sont d’une incroyable splendeur.

Chaumont est un joyau.

Marion Allard-Latour