Joris Ivens à l’honneur aux Moulins de Paillard

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Cinéaste et documentariste de renom, Joris Ivens ne cesse de fasciner. Durant près de soixante ans, le réalisateur néerlandais a posé sur le monde un regard intelligent et grave. L’œil pour caméra.

Les Moulins de Paillard, Centre d’Art contemporain situé à Poncé-sur-le-Loir, offrent aux visiteurs la possibilité de redécouvrir son œuvre.

Dans les différentes salles, des installations vidéo nous permettent d’accéder à l’univers de Joris Ivens. Rétrospective de six films.

Philips Radio – Symphonie industrielle (1931) explore le travail à la chaîne. Conception de gramophones. Travail répétitif et infini. Je suis saisie par le visionnage d’À Valparaiso (1962). Voyage au Chili. Vie sur une colline où règne la pauvreté. Merveilleux visages. Dignité. Le linge suspendu aux fenêtres. Les femmes s’occupant des enfants. La jeunesse danse. Insouciance. Contraste.

Rotterdam – Europort conte l’histoire d’une Europe maritime. 1966.

Le Pont (1928). Impressionnantes images.

Pluie (1929) et Nouvelle Terre (1933) viennent compléter cette exposition visuelle.

Le cinéma expérimental est nécessaire à la compréhension du monde. Joris Ivens a navigué sur des mers agitées. Avec détermination, assurément.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Joris Ivens ambulant aux Moulins de Paillard. Jusqu’au 4 août 2019

« Opening Night » : l’éblouissant retour d’Isabelle Adjani au théâtre

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Le film de John Cassavetes a marqué tous les cinéphiles. Isabelle Adjani reprend le rôle immortalisé par Gena Rowlands. Mythique. Une pièce se prépare. En coulisses, les comédiens attendent le feu vert pour entrer sur le plateau. Nous les observons avec la plus subtile des attentions. La caméra filme chaque protagoniste. Le public est le grand témoin de cette création.

Myrtle apparaît bouleversée. Poursuivie par un drame. Une jeune admiratrice, en quête d’un autographe, perd la vie après s’être faite renverser. Nancy est son prénom. Myrtle se sent coupable. Incapable d’interpréter son personnage. Elle est torturée. Ses partenaires tentent de la rassurer. L’alcool est omniprésent. Verre de vin sans cesse rempli. Mais Myrtle est belle dans ses faiblesses. Sensibilité à fleur de peau. Maurice, son mari amoureux fictif, la provoque dès que les lumières sont éteintes.

Laborieuses répétitions. L’instigateur de l’œuvre pardonne les excès de Myrtle. Follement épris. Il explique aux spectateurs comment se déroulera la suite. De plan-séquence en plan-séquence. Myrtle ne peut plus avancer. L’innocente Nancy la rattrape. Sur l’écran, elle adopte les traits de son idole. Deux visages se confondent. Troublante sensation.

Adjani et Myrtle ne font qu’une. Amies-ennemies.

Myrtle est tétanisée à la seule pensée de vieillir. Sera-t-elle encore aimée et désirée ? Autant de questions restant en suspens.

Soir de première. Elle est ivre. Ses anges gardiens la portent. Myrtle combat sa solitude. Une voilette dissimule son regard bleu azur.

Cyril Teste signe une mise en scène épurée. Jeu entre le visible et l’invisible. Derrière le décor, les masques tombent.

Frédéric Pierrot et Morgan Lloyd Sicard sont habités par la sincérité et l’humour. Isabelle Adjani nous émeut. Douce et volcanique à la fois.

Nuit rêvée.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Opening Night au Théâtre des Bouffes du Nord. Jusqu’au 26 mai 2019

 

« Bells and Spells » : Aurélia Thierrée, divine artiste !

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Ce spectacle est un véritable OTNI. Objet Théâtral Non Identifié. Aurélia Thierrée, digne petite-fille de Charlie Chaplin, partage son art avec grâce et émotion. Le décor irrésistiblement kitsch apporte à la représentation une atmosphère d’une légèreté certaine. Les autres acteurs de cette fable sans paroles sont de mystérieux accessoires.

Une jeune femme est atteinte de Kleptomanie. Nous embarquons alors pour un merveilleux voyage teinté de folie. Les situations ne se ressemblent aucunement. Pourtant, les transitions sont d’une grande fluidité. La musique tient une place prépondérante. Envoûtant tango argentin. Elle ne cesse de dérober des éléments dont la valeur est plus ou moins estimable. Vêtements, bijoux, mobilier d’intérieur…

Un compagnon de jeu l’entoure amoureusement. Séduction. Elle apparaît là où on ne l’attend jamais. Puis disparaît presque aussitôt. Multiples tours de magie. Elle se transforme également. Métamorphose des jouets tant convoités. Un simple gilet devient un terrifiant animal. Elle se cache derrière. Amusement d’enfant. Plus tard, une forêt de porte-manteaux s’ouvre à nous. Les personnages anonymes s’y déploient. L’univers des contes fantastiques est ainsi recréé.

Nous sommes emportés au loin. L’imagination fonctionne en permanence. Sur le plateau, Aurélia Thierrée occupe l’espace telle une fée. Comédienne des temps modernes.

Les danses sont aussi majestueuses que déjantées. Fantasmagorie.

Victoria Thierrée Chaplin a su inventer une œuvre dépassant toutes les frontières. La gestuelle étant l’unique langage employé. Universalité.

Aurélia Thierrée et Jaime Martinez font acte de poésie.

Marion Allard-Latour

 

 

 

 

« Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce » : Édouard Baer et la douce mélancolie

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Source photo : https://www.agendaspectacles.fr/

Ce spectacle ne commence comme aucun autre. L’acteur principal arrive sur scène de manière impromptue. Étonné d’avoir réuni autant de monde un même soir. Vertige. Le personnage que s’est créé Édouard Baer semble angoissé. Il doute en permanence. Une deuxième pièce doit se jouer. Un apprenti comédien se tient là, accoudé à son bar. Décor similaire pour deux représentations différentes.

Le public rit dès les premières secondes. Édouard Baer est bel et bien frappé par la grâce. Évoquant les écrivains ayant marqué sa prime jeunesse, il nous livre quelques-uns de ses textes littéraires favoris. La Chute d’Albert Camus. Des arbres à abattre de Thomas Bernhard. Nous sommes tous renvoyés à notre condition d’humbles humains. Réflexion existentielle.

Lieu chargé d’histoire. Le Théâtre Antoine a accueilli en ses murs les plus grands talents du XXème siècle. Édouard Baer convoque Pierre Brasseur et Jean-Pierre Marielle.  Nous entendons leurs voix. Fantômes cachés dans des coins tenus secrets.

Jean Rochefort est présent. Les brillants esprits se rencontrent pour ne plus jamais se quitter.

Le double d’Édouard Baer est porté disparu. Il s’est enfuit de la salle d’à côté. Crise de panique. Le régisseur-confident se tient prêt à affronter les regards inconnus. Édouard Baer ne devrait pas tarder à nous abandonner.

Pourtant, il continue son tour de piste. Bukowski le subjugue. André Malraux représente l’homme de culture par excellence. Nous devons à Romain Gary de précieuses heures de lecture. Beauté sans nom.

Napoléon est également de la partie. Baer l’imagine en orateur s’adressant à six cent mille soldats. Imitation décalée.

La nuit sera calme. Roman de Gary. La nuit sera lumineuse.

La musique du Clan des Siciliens accompagne Édouard Baer vers sa dernière sortie.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Les élucubration d’un homme soudain frappé par la grâce au Théâtre Antoine jusqu’au 3 juillet 2019

« Sept morts sur ordonnance » : quand le harcèlement moral tue

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Source photo : https://www.theatresparisiensassocies.com/

Difficile sujet que de traiter le harcèlement provenant des grands pontes de la santé. Célébré au cinéma par Jacques Rouffio, Sept morts sur ordonnance vient d’être adapté au théâtre. L’actualité rattrape souvent la fiction. Drame absolu. Le public doit effectuer un travail de conscience. À qui profite le crime ?

Le chirurgien Pierre Losseray se voit confier de nouvelles responsabilités. Hôpital public. Soigner, réparer, soulager. Son sens de l’humanité est aigu.

Victime d’une crise cardiaque, Pierre doute de ses capacités quant aux futures opérations à réaliser. Le Professeur Brézé, homme en fin de parcours, désire le recruter au sein de sa clinique. Le plan est tout tracé. Permettre à Sainte-Marie de retrouver une marque d’exception. Pierre deviendrait alors un brillant médecin. Raison contre passion ?

Les intérêts privés semblent plus importants que l’état physique et psychologique de Losseray. Brézé décide de ne plus le lâcher. Le téléphone ne cesse de sonner. Nuit et jour. Losseray est entouré par son ami psychiatre, Mathy. Ce dernier est également proche de Brézé. L’argent domine l’amitié.

Après sa convalescence, Losseray est torturé par les demandes persistantes de Brézé. Comment faire face à la pression ? Son épouse l’épaule. Entre temps, Mathy lui a parlé d’une terrible histoire. Celle de Berg. Jadis, il exerça le même métier. Flash back permanent.

Berg, impétueux et impatient. Le jumeau contradictoire de Losseray.

Berg et Brézé. Longue mésentente.

Berg est mort quinze années auparavant. Son ombre n’a pas disparu. Le fantôme des couloirs blancs. Atteint d’une grave maladie des yeux, il est voué à l’échec. Persécution. Brézé, cynique et sinistre.

Les spectateurs croient sans doute que ces situations demeurent rares. Les faits sont malheureusement courants.

Losseray pense qu’il gagnera la partie. Berg l’a perdue à coup de poker. Descente aux enfers. La fin de l’enfant prodige est affreuse. Sacrifice familial.

La suite est difficilement qualifiable. Brézé et son fils sont d’une absolue cruauté.

L’issue est fatale pour Losseray et sa compagne.

Brézé, l’homme aux mains sales.

La mise en scène d’Anne Bourgeois est d’une remarquable froideur.

Bruno Wolkowitch et Valentin de Carbonnières incarnent à la perfection ces deux frères imaginaires jetés dans la gueule du loup. Jean-Philippe Puymartin, Julie Debazac, Francis Lombrail, Jean-Philippe Bêche et Bruno Paviot représentent les maillons d’une chaîne infernale.

Mention spéciale à Claude Aufaure. Esprit fou.

Marion Allard-Latour

 

 

 

 

 

 

Hommage à Anémone

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© Getty – GettyImages

Une part de mon enfance disparaît avec Anémone. Le Grand Chemin de Jean-Loup Hubertreste l’un des plus beaux films du cinéma français. Registre dramatique. Anémone savait tout jouer. Immense artiste.

J’ai tant ri en regardant Le Père Noël est une ordure. Inoubliable Thérèse. Comédie devenue culte. La troupe du Splendid est alors à son apogée.

Viens chez moi j’habite chez une copine de Patrice Leconte. Autre moment de joie. Anémone et Bernard Giraudeau sont réunis à jamais.

Anne Bourguignon apparaît pour la première fois sur les écrans en 1968. Philippe Garrel lui offre le rôle d’Anémone. Nom de scène.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai visionné quelques-uns de ses entretiens. Femme libre. Révoltée aussi. Magnifique. Drôle. Unique.

Je me souviens de cette scène poignante à la fin du Grand Chemin. Anémone et Richard Bohringer. Émouvantes retrouvailles. La musique de Georges Granierest ancrée dans les mémoires.

Le Petit Prince a dit. Chef-d’œuvre.

Marion Allard-Latour