« Guys and Dolls » : la magie de Broadway à Paris

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Comédie musicale reconnue et célébrée, Guys and Dolls a le don de mettre le public dans la plus grande des joies. Avant que le spectacle ne commence, nombreux sont subjugués par le décor. Nous attendons alors avec impatience que la fête illumine nos esprits. Dansons toute une soirée durant. Indispensable exercice.

La partition de Franck Loesser est envoûtante. Nous sommes transportés en plein cœur d’un New-York festif. 1950. Tous les protagonistes sont liés par une même volonté. Faire de l’existence un conte émotionnel et drôle. L’amour est le sujet principal de cette histoire rocambolesque.  Parieurs invétérés et membres de l’Armée du Salut se rencontrent. Saisissant contraste.

Nathan Detroit est le fiancé épris de la belle et fantasque Adélaïde. Quatorze années d’un compagnonnage orageux et passionnel. Avec ses fidèles amis, Nathan ne peut s’empêcher de jouer. Addiction. Appât du gain. Goût du risque. Les femmes tiennent une place importante dans leur vie. Mais les bas fonds de la ville les absorbent. Gouffre.

En parallèle, un autre récit se déroule. Sky, confident de Nathan, accepte de relever le défi lancé par ce dernier. Séduire l’insouciante Sarah. Appartenant à l’organisation humanitaire, elle ne semble pas être impressionnée par Sky. Mépris. Faux prince charmant.

Les chorégraphies se succèdent. Colorées. La mise en scène de Stephen Mear est digne d’une fresque cinématographique américaine. Du cabaret d’Adélaïde aux égouts de la cité, nous suivons avec intérêt les pérégrinations de ces voyous farceurs.

Sky et Sarah finissent par convoler après l’acceptation de leur caractère respectif. Quant à Adélaïde, elle se console en formant des artistes. Obligée de mentir à ses proches. Famille inventée. Pourtant, le bonheur l’attend.

L’Armée du Salut et les garnements s’unissent en fanfare. Chaque personnage apporte son grain de folie. Excentricité.

L’ensemble est inouï. Les comédiens irradient.

Nous sommes conquis.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Guys and Dolls au Théâtre Marigny jusqu’au 27 juillet 2019

 

« Michel For Ever » : les moulins de son cœur ne cesseront jamais de tourner

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Toute sa vie durant, Michel Legrand aura marqué l’art des clefs de sol, de fa et d’ut. Le Théâtre du Poche Montparnasse lui rend un joyeux hommage.

Quatre comédiens illuminent le plateau. Ensemble, ils sont les inventeurs d’un spectacle coloré et mélancolique. Entre deux répliques de films, les plus célèbres chansons ayant bercé notre enfance retentissent. Frissons d’émotions.

Legrand est le compositeur du Cinéma sublimé par Claude Nougaro. Les artistes semblent parfaitement connaître l’œuvre de l’immense Michel. Prodigieux élève de Nadia Boulanger.

Premiers succès. Dizzy Gillespie. Révélation. Le jazz est à son apogée. Michel Legrand participe à cet essor. De Paris à New-York. Ses musiques s’apprêtent à voyager.

Un journaliste demande à ses acolytes des anecdotes sur Michel Legrand. Article en préparation. Histoire de passionnés. Tous se prêtent au jeu. Ainsi, sommes-nous présents dans la salle à manger de Madame Émery. Mère inquiète pour sa fille. Mariage arrangé. Les Parapluies de Cherbourg. Medley.

La mise en scène de Daphné Tesson et Stéphan Druet est épurée.

Jacques Demy.  Moment exquis à Rochefort.

L’Affaire Thomas Crown. Personne n’a oublié Faye Dunaway et Steve McQueen. Échec et mat. Inoubliable baiser.

Papa can you hear me ? Barbra Streisand et Mathilde Hennekinne sont unies par une même voix cristalline.

Le rêve américain de Michel Legrand s’est réalisé. Les Oscars l’honore.

Je découvre deux mélodies qui m’étaient alors inconnues. Oum le dauphin et L’âme sœur à l’hameçon. Délicieusement tendre.

Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Sans toi. Les larmes sont là.

 Lola n’a pas vieilli. Cabaret dansant.

Cette parenthèse se referme avec quelques mots de Michel Legrand. Son désir d’être centenaire. Jolies paroles.

Emmanuelle Goizé, Mathilde Hennekinne, Gaétan Borg et Sebastiàn Galeota ont parfaitement su recréer l’univers de Legrand. De multiples sentiments nous traversent en cet après-midi ensoleillé.

Le pianiste Benoit de Mesmay et le contrebassiste Jean-Luc Arramy sont de parfaits accompagnateurs.

Michel Legrand réunit toutes les générations.

Et les feuilles de l’automne rencontrent des ciels moins bleus

Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux.

 Marion Allard-Latour

Information pratiques : Michel For Ever au Théâtre du Poche Montparnasse jusqu’au 14 juillet 2019

Hommage à Agnès Varda

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Agnès Varda a su me faire changer de regard sur le monde qui nous entoure. À travers ses films bien évidemment. J’admire sa générosité et son audace. Mon premier souvenir est le visionnage de Cléo de 5 à 7 (1962). Émotion. Déambulation d’une femme dans les rues de Paris. Elle a peur de souffrir d’un cancer. Ses yeux sont aussi les nôtres. La chanson Sans toi ne cesse de m’émouvoir. Angoisse et volonté se mêlent. Choc esthétique.

Jacquot de Nantes (1991) me bouleverse profondément. Déclaration d’amour d’Agnès Varda à Jacques Demy. Les spectateurs découvrent l’enfance du réalisateur d’Une Chambre en ville. Nantes et le passage Pommeraye. Lola.  

Les Demoiselles ont eu 25 ans (1993). Catherine Deneuve et Françoise Dorléac resteront toujours les jumelles de Rochefort. Intemporel.

J’ai été éblouie par La Pointe Courte (1955) avec Silvia Monfort et Philippe Noiret. Couple cherchant la quiétude à Sète. La photographie est d’une splendeur inégalée et inégalable. Oeuvre prodigieuse. Les prémices de la Nouvelle Vague.

Visages Villages (2017) m’a ravie. Agnès Varda et l’artiste plasticien JR forment un duo tendre et étonnant. Voyage en France. La musique de Matthieu Chedid apporte à l’œuvre une note touchante. Merveilleuse.

Fantastique Jane B. par Agnès V. (1987) Jane Birkin et Agnès Varda sont complices dans cette ode à l’amitié. Entre réalité et fantasme, Jane Birkin se livre avec humour et fantaisie. Saisissant.

Agnès Varda est aussi une militante féministe. L’une chante, l’autre pas (1977) demeure un hymne à la liberté des femmes. Le droit de disposer de son corps. La cinéaste fait honneur à toutes celles qui se sont battues pour avoir le choix. Sororité.

1995. L’Univers de Jacques Demy. Agnès Varda l’a rejoint. Les caméras ne cesseront de tourner.

Marion Allard-Latour

Philippe Jaccottet lu par Hervé Pierre : instant de grâce à la Comédie-Française

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La poésie nous transporte dans de lointains pays. Un ailleurs où le temps semble s’être arrêté. Le public est d’une attention toute particulière. Le silence s’impose. Écouter les mots de Jaccottet en pensant à un coin de verdure perdu entre collines et montagnes. Le bruit du monde a cessé de nous importuner une heure durant. Rareté. Le comédien Hervé Pierre nous invite à une lecture de textes forts et envoûtants.

À travers un verger nous rappelle incontestablement l’enfant qui sommeille en nous. Les amandiers sont les témoins d’une vie passée à se chercher. Les fleurs se transforment en douce neige. Ciel blanc. Hiver. La vieillesse ravage un vieux corps. Peut-être est-ce celui du poète ? Quête perpétuelle pour connaître un bonheur qui ne durera pas. Les questionnements sont multiples. La nature et les humains sont en totale symbiose. Les arbres sont les garants de notre liberté. Nous pouvons nous confier à eux. Tout se régénère. L’herbe verte et les marguerites dans les champs. Cycle incessant.

D’un poème à l’autre. Pour réponse au bord du chemin, Séneçon, berce, chicorée. Ensemble florale et bucolique. Peur de voir un ami partir. Les couleurs des prés sont d’un apaisement fou. Merveilleusement mélancolique.

L’ignorant. Court extrait. L’envie soudaine de découvrir l’œuvre entière de Jaccottet. Assis sur un banc à la campagne. Le soleil nous éblouissant légèrement. La pureté de l’air. La littérature comme fidèle compagne.

Un Grenier des acteurs mémorable en ce début de printemps.

À vos livres !

Marion Allard-Latour