La Vedette du quartier : silence on tourne !

 

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Il s’appelle Riton Liebman. Comédien depuis quarante ans. Le film Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier l’a révélé au grand public. Il partageait l’affiche avec deux géants. Gérard Depardieu et Patrick Dewaere.

Sur la scène du Petit Saint-Martin, il est là, farceur et enjoué. L’enfant a laissé place à l’adulte. De sa Belgique natale, il ne se souvient que de ses premiers temps laborieux. Élève ne s’intéressant absolument pas à l’école, le jeune Riton préfère se rendre dans les bars avec ses copains.

Autobiographie vivante. Au début du spectacle, Riton Liebman s’amuse avec le public.  Avant de dérouler son histoire si particulière. Sa mère espère qu’il ne lira pas l’annonce publiée dans le journal. Un grand réalisateur français recherche un garçon d’une dizaine d’années pour interpréter un rôle important dans sa prochaine œuvre. Riton en est informé par sa sœur. Il semble fait pour ce métier pourtant si compliqué.

Tout s’enchaîne rapidement pour Riton. Il réussit les essais. Le début d’une gloire certaine. Sur le tournage, il se fait bousculer par les deux acteurs des Valseuses. Provocation. Jeu permanent. Après cette riche expérience, il rentre à Bruxelles. L’envie de devenir artiste est forte. Paris l’attend. Porte de Vincennes. Nouveau départ.

Riton découvre le monde parisien. Il nous raconte avec délectation ses soirées aux Bains Douches. Il croise Prince et Plastic Bertrand. Plongée au cœur des années 1980. Nuits de folie.

Riton pense à son brillant avenir. Il espère être la vedette du prochain film de Bertrand Blier. Il n’en est rien. Yves Boisset demande à le rencontrer. Sa carrière au cinéma ne se résumera alors qu’à de petits rôles. Espoir déçu.

Chambre désuète. Riton, de son vrai prénom Henri, nous fait le récit de nombreuses anecdotes. L’assistance sourit.

Sur l’écran passe quelques extraits de ses films. Aldo Maccione et Claudia Cardinale ont été ses partenaires.

La bande son est sublimée par les Rolling Stones. Riton Liebman a persévéré afin de trouver sa véritable voie, celle de l’humour. Seul en scène. Comme ce soir. Le succès n’est jamais garanti. Tout le monde le reconnaît grâce à son premier film. Il s’en défend. Et une question lui est inlassablement posée. Il est sympa Depardieu ?

Histoire de quelques mois passés avec des monstres du Septième Art.

Riton Liebman est sincère. Il sait rire de lui-même. Humilité. Ses rêves ne se sont pas envolés.

Marion Allard-Latour

 

 

 

Les Oubliés (Alger-Paris) : la mémoire vive

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Les oubliés sont nombreux. La Guerre d’Algérie a duré huit ans. 1958-1962. Comme deux dates inscrites sur une pierre tombale. Triste constat. Près de soixante ans plus tard, les blessures sont toujours présentes.

Julie Bertin et Jade Herbulot ont créé un spectacle visant à panser les plaies du passé. 2019 à Paris. Alice et Karim ont réunit leur famille afin de se dire oui devant Judith Benhaïm, la maire du XVIIIème arrondissement. Ils sont venus, ils sont tous là. Sauf la mère de la mariée, éternelle absente de ces rendez-vous primordiaux.

Alice et Karim. Karim et Alice. Ils s’aiment et semblent résolument tournés vers l’avenir. En parallèle, les spectateurs vivent une toute autre expérience. Celle d’une plongée dans la France de 1958. Le Général de Gaulle prend le pouvoir. Nouvelle Constitution. Michel Debré et René Brouillet accompagnent l’homme du 18 juin 1940 avec fidélité. Compagnons politiques.

Sur un écran en forme de drapeau, des archives télévisuelles sont projetées. Description des « évènements ». Chaos en métropole. L’Algérie voit le sang se répandre sur son sol habituellement ensoleillé. Civils massacrés. Jeunesse sacrifiée. Armée rebelle. La sécurité n’est plus assurée depuis longtemps. De Gaulle ne le comprend pas. Il veut avant tout servir les intérêts de la France. Face à lui se tiennent le Général Challe et Paul Delouvrier, gouverneur général d’Algérie. La discussion est d’une extrême tension. Challe désire que l’Algérie reste française. Il n’a pas obéi à De Gaulle. La rupture est consommée.

Retour en 2019. Alice et Karim ainsi que leurs proches continuent cette folle journée de noce. Judith Benhaïm fait le récit de sa vie. D’origine juive algérienne, elle est née en France. Ses parents ont fui le pays. À la recherche d’une existence meilleure. Judith ne s’est rendue qu’une seule fois en Algérie. Privée des saveurs de l’enfance. Rencontre avec sa tante cachée. Secret.

Guy Cassard, ami de Judith et de Karim, aime montrer ses talents de professeur. Il est le guide historien de ce périple vers la vérité. Meursault, affable et surdiplômé, est obnubilé par cette réunion finalement si imprévisible. Il suit inlassablement les rebondissements.

Le père d’Alice, Maurice, commence un discours colonialiste. L’assistance est outrée. Catherine, la mère de Karim, ne sait que dire. Douce, elle pense sans doute à l’homme qu’elle a aimé. Maurice demande à Karim s’il se sent plus proche de l’Algérie que de la France Les explications n’ont pas lieu d’être. Souffrance et douleur.

Paul, le cher cousin d’Alice, bouscule le dîner. Révélation. Leur grand-père, père de Maurice, était un membre de l’OAS. Écroulement. Culpabilité portée par des générations.

La scène devient alors étrangement vide. Chacun est allé souffler un vent d’air frais. Une fuite d’eau menace de ravager la salle des fêtes. Inondation des esprits. Saturation.

Catherine témoigne. Scène bouleversante. Son public se restreint à une personne. L’employé de la mairie. Elle évoque ses années à Nanterre, son engagement au Parti Communiste, le 17octobre 1961 et son amour pour un jeune garçon disparu cette nuit-là. Gérard Colin n’avait jamais entendu parler de cela. Transmission d’une mémoire. Catherine ne souhaite que le bonheur de ses enfants.

La réconciliation entre tous ces protagonistes est imminente grâce à l’intelligence d’Alice et de Catherine.

Le texte est simple et accessible. La mise en scène offre aux comédiens une infinité de possibilités d’expression.

Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Serge Bagdassarian, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot et Pauline Clément sont extraordinaires. Ils incarnent précisément ces personnages connus ou inconnus. La réception n’en est que plus subtile et grave. Mention spéciale à Danièle Lebrun, comédienne d’exception. Catherine est sublimée dans chacune de ses paroles. Yvonne de Gaulle apparaît brièvement son tricot à la main. Rôles opposés. Interprétation unique.

C’est un beau roman. C’est une belle histoire.

Une histoire d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Indispensable.

Marion Allard-Latour

« Le Cas Eduard Einstein » : l’attente d’un fils

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L’histoire est méconnue du grand public. Laurent Seksik, l’auteur de ce texte percutant, s’applique à faire transparaître la personnalité d’Eduard Einstein, fils d’Albert. Avec détermination et empathie. Vie sinistre passée au sein d’un asile. Quelques années avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale

Eduard Einstein lutte contre la maladie. Interné, il n’a plus conscience de ses faits et gestes. Sa mère, Mileva, croit fortement en la guérison de son fils. Néanmoins, elle est consciente de son état actuel.

Albert Einstein semble avoir d’autres préoccupations que cet enfant perdu. Il écrit des missives à son ami, Michele Besso. Ensemble, ils ont travaillé sur la théorie de la relativité. Leur lien est fort. En réalité, Einstein est profondément atteint par la schizophrénie d’Eduard. Il vit à Berlin. Albert Einstein fuit l’Allemagne nazie et s’exile aux États-Unis. Avant de partir, il désire rencontrer Eduard une dernière fois. Ultime fois.

Eduard se montre virulent avec ce père-là. Il lui reproche sa notoriété. Comment se faire une place dans la société avec ce nom ? Eduard ne sera jamais Albert. La souffrance n’en est qu’exacerbée. Les scènes de folie d’Eduard sont impressionnantes de par leur réalisme.

Mileva apparaît comme la figure maternelle par excellence. Elle n’a de cesse de se confronter au médecin. Ce dernier lui explique que le mal d’Eduard est irréversible. Et génétique. La sœur de Mileva a été victime de la même démence.

Les années passent. Albert Einstein connaît de nombreux problèmes avec les autorités américaines. Son communisme en est la cause. Période du maccarthysme. Hoover ne l’estime aucunement. De l’autre côté de l’Atlantique, Eduard pense qu’Albert est aimé de tous. Les ennemis politiques savent se cacher.

Sur le plateau, le décor est scindé en deux. La chambre d’hôpital froide et lugubre. Le bureau d’Einstein, rempli de livres. Albert Einstein a de longues conversations avec un suppléant d’Hoover. Inimitié.

La chute est longue pour Eduard. Ses parents disparaissent. Il n’a plus de soutien affectif. Seul le gardien de sa chambre lui apporte un semblant d’apaisement. Réconfort.

La mise en scène de Stéphanie Fagadau nous donne une parfaite perception de ce qu’ont pu être les existences d’Eduard, d’Albert et de Mileva. Séparés et intimement liés grâce à des forces intérieures.

Michel Jonasz joue un Albert Einstein saisissant. Josiane Stoléru est magnifique dans le rôle de Mileva. Tendrement attentive. Hugo Becker interprète remarquablement Eduard. Incroyable performance. Pierre Benezit, Amélie Manet et Jean-Baptiste Marcenac sont d’une exceptionnelle justesse.

La science infuse.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Le Cas Eduard Einstein à la Comédie des Champs-Élysées jusqu’au 12 mai 2019

Le Lien de François Bégaudeau : une relation mère-fils implacable

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Cet amour-là est inconditionnel. Une femme vieillissante et son fils écrivain approchant de la cinquantaine vivent des heures en apparence paisible autour d’une table. Scène de la vie quotidienne.

Christiane parle sans cesse de choses futiles. Stéphane ne l’écoute plus depuis longtemps. Assis sur une chaise, il regarde dans le vide. Profond ennui. Monologue tournant autour du Carrefour City. Qualité du fromage de chèvre. Stéphane reste silencieux avant d’éclater. Il annonce qu’il souhaite partir. Sans le faire pour autant. Début d’un dialogue tempétueux.

Christiane, mère tendre mais taiseuse, ne questionne jamais Stéphane sur sa vie personnelle ou professionnelle. Il est son fils. Cela lui suffit pour l’aimer. Elle n’a pas besoin de connaître tous les détails d’une existence placée sous le signe de la littérature.

La discussion évolue constamment, passant de remarques caustiques en reproches douloureux. Stéphane est définit par sa mère comme étant un intellectuel. Ancienne employée des P.T.T, elle aime les mots. Cependant, ces derniers lui échappent. La mémoire joue parfois des tours. Les livres que Stéphane écrit sont rangés dans sa bibliothèque. Cependant, elle ne les lit pas. Peur de ne pas comprendre. Christiane estime que son enfant est le plus intelligent de tous. Quant à Stéphane, il ne la supporte plus. Contraint de lui rendre visite.

Parfois, il l’insulte. Terrible filiation. Plusieurs sujets sont évoqués. Politique, séparation, euthanasie. Flux continu. Christiane, malgré une exceptionnelle repartie, est atteinte par la méchanceté de Stéphane. Il lui reproche de n’être pas assez attentive. Elle l’est pourtant. Sa tristesse, nous la ressentons. Inlassablement.

Françoise, sa fidèle amie, partage avec elle certaines journées. Douce, elle conseille à Stéphane de se détendre. Une autre voix. Il fait les cent pas. Nervosité. Séance de méditation. Stéphane en ressort transformé. Il se fait moins philosophe que quelques minutes auparavant. Peut-être est-il devenu plus simple. Délivré de sa complexité intérieure.

À présent, il rit avec elle. Christiane est sans fard. Elle évoque son accouchement. Stéphane est le fruit de ses entrailles. Il se doit d’être là. Une mère câlinant son fils. Le chérubin préféré. Cela ne se commande pas. Instinct maternel.

Le texte de François Bégaudeau nous interroge et nous bouscule sur les rapports entre parents et enfants. Ne pas tout montrer. Garder ses peines. Pudeur. Indéfectible lien.

La mise en scène de Panchika Velez permet de laisser toute la place aux comédiens. Espace épuré.

Catherine Hiegel est bouleversante de sincérité. Avec Pierre Palmade, ils forment un magnifique duo. Une évidence. Marie-Christine Danède apparaît telle une fée. Conciliante. Débordante de merveilleuses astuces.

Marion Allard-Latour

 

Les Deux Frères et les lions : à chacun ses privilèges !

IMG_5075Incroyable découverte que cette pièce au ton mordant et ravageur. L’histoire est réelle. Cependant, l’auteur Hédi Tillette de Clermont de Tonnerre, a inventé des séquences de vie liées à ces deux frères. Personnages à la fois célèbres et inconnus. Paradoxe. Avant le début du spectacle, les comédiens nous invitent à entrer dans la salle en chantant. Certains se voient offrir une tasse de thé et un biscuit anglais. Le charme opère instantanément.

Ils sont jumeaux et viennent d’un milieu populaire. Écossais. Dans la petite ville d’Hockney, imaginée me semble-t-il, ils vendent le Daily Telegraph sur les pavés mouillés. Ambitieux et gravissant les échelons à coup de génie. Lançant un service d’abonnement, ils partent ensuite pour Londres, cité de tous les possibles et de toutes les extravagances. La Reine Elizabeth II les observe avec passion et dédain. Ambiguïté. Les frères passent au-dessus des conventions bien établies de l’époque. Joyeux et fiers, ils ne cessent de voir leur richesse augmentée. Les bienfaits du capitalisme. Ironie.

Danse endiablée sur un air des année 1980. Fièvre du samedi soir. Survêtements bleus Adidas. Le contraste est saisissant entre la réussite et l’apparence. Ils sont finalement restés les enfants d’une province éloignée et méprisée des grands patrons.

Les décennies passent et les actions financières et immobilières s’accroissent considérablement. Ils investissent sur l’île de Brecqhou, dépendant de Sercq. Terres reculées. Construction d’un château. Démesure. Ils ont chacun une fille. Jessica et Monica. Héritières de ce royaume perdu. L’avenir semble radieux. Mais l’existence n’est pas toujours aussi simple. Le droit normand est un nuage sombre planant au-dessus de ces têtes bien-pensantes. Il interdit aux femmes de prendre les rênes de Sercq. Pratique moyenâgeuse.

Plus ingénieux que jamais, les indissociables essayent de trouver la faille pouvant permettre l’abrogation de cette ridicule loi. Faire valoir les droits de l’homme. Égalité des sexes.

Propriétaires de plusieurs journaux et de grands hôtels, ils représentent la 17ème fortune d’Angleterre. Discrets voire invisibles, ils ont su cultiver le mystère.

La mise en scène est simplement constituée de deux fauteuils. Trônes pour les rois de Brecqhou.

Hédi Tillette de Clermont de Tonnerre et Romain Berger interprètent remarquablement ces deux frères unis dans les affaires.  Les lions aussi ont l’appât du gain.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Deux Frères et les lions au Théâtre de Poche Montparnasse jusqu’au 17 mars 2019.

 

Les Idoles de Christophe Honoré : les fantômes créateurs ressuscitent sur la scène de l’Odéon

IMG_4706Christophe Honoré, inoubliable réalisateur des Chansons d’amour, met en scène ses idoles disparues il y a longtemps déjà. Ils s’appelaient Bernard-Marie Koltès, Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce, Jacques Demy, Cyril Collard et Serge Daney. Tous ont marqué la vie culturelle de par leur livre, leur film ou leur critique cinématographique. Terriblement talentueux.

Ils se trouvent dans une zone de non-droit. Abandon. Décors des années 1980 et 1990. Parfois coloré, souvent lugubre. Ils nous parlent alors qu’ils sont déjà morts. Morts du Sida. Chacun a son propre rapport avec la maladie. Ils se confrontent puis s’écoutent. Caractères insaisissables. Génies de l’art.

L’œuvre débute par une scène aérienne. Ils volent. Sur une musique des Doors. Toute une époque s’apprête à défiler sous nos yeux déjà embués. Guibert, Koltès et Lagarce. Écrivains de renom. Le premier est lucide quant à sa disparition. Son meilleur ami Muzil est parti en 1984. Michel Foucault. Amour immense et intense. Admiration d’un fils spirituel pour un père qui ne l’est pas moins. Hervé Guibert raconte ses derniers instants. Hôpital Saint-Michel. La Pitié-Salpêtrière. Moment hors du temps. Tout s’est arrêté à l’intérieur de lui-même alors que le monde continue de s’agiter autour. Foucault a quitté sa chambre stérilisée à jamais. Une simple étiquette lui sert d’identifiant. Sous un drap blanc. À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Lecture indispensable.

Koltès est distant. Lagarce, Daney et Collard sont dotés d’un humour ravageur. Jacques Demy ne se considère pas de leur « famille ». Le cinéaste défend ses films. Il n’a montré que des gens qui s’aimaient mais que la vie séparait. Les Parapluies de Cherbourg.  

Les Demoiselles de Rochefort. Chanson d’un jour d’été. Demy nous livre une danse endiablée.

Certains n’ont pas osé annoncé la maladie à leurs proches. Rock Hudson, acteur américain de second plan, est devenu internationalement connu à cause du Sida. Elizabeth Taylor, sa confidente, l’accompagne dans son inlassable lutte. Venu en France afin de trouver un traitement plus efficace, Hudson est un paria. Tout le monde le fuit. On lui refuse de prendre un avion pour rentrer aux États-Unis. Peur de la propagation de l’épidémie. Cependant, le plus grand fléau reste la bêtise humaine.

Serge Daney annonce que sa maladie n’est pas le Sida mais la cinéphilie. Toujours s’accrocher aux passions. Ne pas sombrer dans la folie. Corps décharné. Esprit affûté.

Jacques Demy se transforme en Liz Taylor. Présidente de AIDS. L’imitation est à mourir de rire. Daney la double en français. Mille éclats de voix.

À tour de rôle, les six artistes nous disent comment ils ont apprivoisé le Sida. Guibert voit la mort en face. Cyril Collard réécrit l’histoire. Il est présent à la Cérémonie des César en 1993. Quatre statuettes récompensent Les Nuits Fauves. Gloire qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Depuis son paradis perdu, il en ressent une profonde frustration. Il voudrait vivre à nouveau.

Ils reçoivent pléthore de lettres de compliments et s’aperçoivent que les expéditeurs sont de jeunes gens. Ils imaginent alors le lecteur confident parfait. Peut-être versatile, sûrement intelligent et curieux d’apprendre. Long débat quant à ce portrait robot. Hilarité dans l’assistance.

Collard désire retourner à Porto Rico. Ses compagnons de route se sont volatilisés. Seul sur le sable chaud des Caraïbes. Il appelle Jacques, Bernard-Marie, Jean-Luc, Serge et Hervé. Personne ne répond. La mort en direct.

Marina Foïs, Marlène Saldana, Youssouf Abi-Ayad, Jean-Charles Clichet, Harrisson Arévalo et Julien Honoré incarnent ces idoles. D’une magnifique façon.

Marion Allard-Latour