L’autre fille : lettre à la sœur disparue

img_4603L’écriture d’Annie Ernaux permet aux lecteurs de se sentir plus humain encore. L’autre fille est un hymne à la vie et à la mort. L’auteur convoque ses souvenirs d’enfance. Un choc. Celui de la disparation d’une sœur qu’elle n’a pas connue. Longue missive. Pour elle et pour les autres. Nous sommes tous concernés par ce sujet. L’évocation, au sein d’une famille, d’un être parti bien avant notre propre naissance. Filiation similaire. Histoire différente.

La comédienne Marianne Basler incarne subtilement le personnage d’Annie Ernaux. Sobre décor.

Petite, elle entend une conversation entre sa mère et une habitante du village. Les paroles sont cruelles. L’autre était plus gentille que celle-là. Des décennies plus tard, elle s’interroge sur la signification de ce propos. Gentille. Obsession pour un terme.

Annie Ernaux a toujours deviné l’existence de Ginette, sa semblable. Huit ou dix années les séparent. En réalité, l’immensité d’une vie. Elles ont les mêmes parents et dorment dans le même lit. Elles partagent un seul cartable d’école. Mais elles ne se sont jamais vues. Impossible rencontre.

L’une est enfermée dans un cercueil alors que l’autre survit au tétanos. Miracle de Lourde. Annie Ernaux dépasse l’âge de sa sœur. Six ans. Elle est destinée à accomplir de grandes choses.

Les photographies de la disparue sont rares. Sur ces précieux clichés, les parents de l’enfant prodige sont heureux. Ils sourient. Insouciance liée à la jeunesse.

Annie Ernaux insiste sur le fait qu’elle ne les connaît pas ainsi. Ils sont devenus ternes et silencieux. Deuil secret.

La narratrice continue son devoir. Raconter. La lettre ne parviendra pas à la morte. Elle s’est perdue dans les limbes. Cette blessure ne cicatrisera qu’avec la force du temps. Le trio formé depuis le drame n’est qu’une chimère. Ginette est le véritable amour d’un couple inconsolable. Annie, l’autre fille. Si belle et émouvante.

Marianne Basler est exceptionnelle de par son jeu. Sa capacité à nous insuffler les maux des mots nous touche de manière indélébile.

Marion Allard-Latour

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s