Déjeuner chez Wittgenstein : Thomas Bernhard livre une vision cynique de la famille

img_4507Le dramaturge autrichien Thomas Bernhard reste résolument moderne même trente ans après sa disparition. Déjeuner chez Wittgenstein est aussi déroutant que drôle. Rire jaune. L’absurde s’invite en permanence. Réunion familiale peu commune entre deux sœurs et un frère. Ils ne partagent presque rien en commun si ce n’est le sang. Leurs différences font leurs forces. Formation d’un trio étonnant. Détachement primordial.

Les spectateurs sont contraints ou non d’adhérer aux propos vifs de Ludwig et des seules femmes de sa vie. Texte virulent. Dès le départ, nous savons que Ludwig est attendu. Résident d’un hôpital psychiatrique, le philosophe se voit décerner la palme de la perfection par l’une de ses parentes. L’aînée est attentionnée envers lui. Être d’exception. Elle est aveuglée par son intelligence et sa folie. Deuxième mère.

La cadette se trouve très éloignée des préoccupations fraternelles. Elle est comédienne tout comme sa grande sœur. Théâtre de Josefstadt. Le faste de Vienne. Enfants de la balle du côté de leur oncle. Cependant, leur carrière respective est au point mort. Les autres membres de la famille dénigrent l’art. Mieux vaut être financier.

Long prologue avant que la comète Ludwig débarque littéralement sur le plateau. Installation d’une situation particulière. Beethoven est de la partie. Héroïque.

 Ludwig se distingue par son omniprésence. Lorsqu’il vient jusqu’à nous, le trouble est immense. Est-il fou ? Ou ses sœurs sont-elles folles ? Ils sont obsédés par les portraits familiaux accrochés sur les murs de la maison d’enfance. La mère, le père et les deux oncles. Longue analyse de Ludwig. Psychologie et philosophie se rejoignent continuellement. Ludwig ne veut pas venir habiter là. Il préfère retourner de toute urgence dans son nid thérapeutique. Les avis se contredisent. La sœur protectrice désire le réintégrer à son ancienne existence. Impossibilité.

Le déjeuner peut commencer. Tension permanente. La plus âgée est névrosée et maniaque du rangement. La seconde ne pense qu’à danser. S’enfuir à l’autre bout de l’Europe. Essai raté et regretté. Ensemble, ils abordent de nombreux sujets. Tous sont soumis à la même fin. Parler sans réellement se comprendre. Les caractères des trois protagonistes sont enflammés.

Thomas Bernhard s’interroge sur la place des artistes dans la société. Ils apparaissent comme marginaux et merveilleusement talentueux. Colériques et doux. Simultanément. Ludwig aime Beethoven. Un prénom les réunit.

La musique apaise ces âmes tourmentées. Que faire de ce bel après-midi ? Éclatement de disputes. Puis s’endormir. Du moins se reposer un instant. La trêve est signée !

La mise en scène d’Agathe Alexis témoigne entièrement du passé des personnages. Ambiance où les ancêtres règnent en maîtres incontestés. Décor bourgeois et austère.

Yveline Hamon, Anne Le Guernec et Hervé Van der Meulen incarnent incroyablement cette famille qui ne connaît en rien les sentiments affectueux. Froideur et fine vengeance.

Marion Allard-Latour

Informations pratiques : Déjeuner chez Wittgenstein au Théâtre de Poche Montparnasse jusqu’au 3 mars 2019

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