Le Procès de Krystian Lupa : Kafka et les temps modernes

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Le public était au rendez-vous pour la dernière de l’exceptionnel Procès. Quatre heures trente de beauté, de tragédie, de choc et d’art pur. Brutal. Dérangeant. Quelques jours après avoir vu la pièce, de multiples questions restent en suspens. L’enfermement n’est pas seulement physique, il est aussi moral et intellectuel.

K, le personnage principal est accusé d’avoir commis une faute grave. De cela, nous ne connaissons rien. Un meurtre, un comportement inacceptable dans une société où la démocratie est de plus en plus faible ? Mystère.

La première scène annonce la couleur. Elle sera à la fois sombre et froide. À travers l’histoire de K, nous sommes face à la réalité politique d’un pays, la Pologne.

La logeuse de K, Madame Grubach est complètement assortie aux autres protagonistes. Elle semble ne pas vouloir aider K dans sa quête de recherche. En effet, le jeune homme désire parler à Fraülein Bürstner.

Ceux qui ont arrêté K, le matin même, ont mis sans dessus-dessous son petit appartement.

Il est confus. Fraülein Bürstner finit par apparaître. Magistrale entrée. Libertango d’Astor Piazzolla l’accompagne. Ces longues minutes sont précieuses. K et sa voisine sont dans la confidence. Jusqu’à l’éclatement de la conversation. Dispute.

K doit être jugé. Après avoir été confronté à deux détectives au look de voyous, il se rend dans un tribunal improvisé. La foule est en colère. Les cris nous parviennent. La salle de l’Odéon est témoin de ce qu’il se passe. L’interaction est très forte entre les comédiens et le commun des mortels que nous représentons.

Ses proches n’essayent plus de le comprendre. Sa femme officielle est accompagnée de l’une de ses amies et de Max Brod. Ils en font un portrait peu flatteur. Qui est Franz K ? Un fou dangereux, une victime de notre monde, un incompris ? Toutes les interprétations sont envisageables.

En voix off, un humain parle français. Comme un robot. Il indique à K ce qu’il faut dire et faire. Sans doute est-ce son double ? Ou sa conscience ?

La fiancée de K, son acolyte et Max finissent par s’endormir. Des bruits persistants troublent la troupe. K est de retour. Mais K est toujours là. Tout lui échappe.

De quelle condamnation écopera-t-il ?

K est prisonnier de son propre être. Paradoxalement, s’il décide de ne pas se rendre aux audiences, nul ne le poursuivra. Liberté surveillée ? Invention de toute pièce ?

La nudité est omniprésente. La pudeur s’efface.

Un avocat de renommée, au (presque) soir de sa vie, accepte de défendre K. Huld, de son prénom, est un vieil ami de sa tante. Cette dernière est inquiète quant à l’avenir de son neveu. Elle déplace des montagnes. Amour filial. Sainte colère.

Huld dénonce avec fureur le système judiciaire polonais. Corruption, corruption et corruption ! Terrible constat. Universel.

Les dernières paroles se murmurent dans l’enceinte d’une église. La sentence est prononcée par un prêtre. K vivra-t-il ? La suite, vous la connaissez.

La mise en scène de Krystian Lupa est une réussite complète. Entre les murs délabrés se joue le plus abjecte des drames.

K est lynché. Nous sommes interloqués. Il sombre. Pourquoi lui ? Humble banquier.

L’injustice dans toute sa splendeur.

Les interprètes sont extraordinaires. À l’image de l’œuvre de Kafka.

Remarquables prestations.

 

Des heures utiles afin d’appréhender la noirceur dans laquelle nous vivons.

Sans voix !

                                                                              Marion Allard-Latour

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