De si tendres liens : l’amour maternel conjugué à tous les temps

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Certains textes sont si forts qu’il est totalement impossible de les oublier. Après avoir vu cette magistrale pièce de théâtre, notre rapport à la vie n’est plus exactement le même.

Loleh Bellon est l’auteur de Si tendres liens. Elle fut également une exceptionnelle actrice. Jamais plus toujours. Film ancré dans la mémoire de tous les cinéphiles.

De si tendres liens raconte l’histoire de deux femmes. Mère et fille. Charlotte est d’une tendresse folle pour son enfant.

Divorcée, elle mène sa vie comme elle l’entend. Jeanne voue une passion exclusive à Charlotte.

Tous les petits se ressemblent. La tombée de la nuit est synonyme d’angoisse. Peur de la mort. Tristan et Yseult aide Jeanne à tomber dans les bras de Morphée.

Charlotte l’apaise.

Charlotte est âgée. Santé déclinante. Devenue grand-mère, elle profite des enfants de Jeanne comme tous les grands-parents aimants.

Cet amour est si beau qu’il nous émeut aux larmes. Chacun de nous se reconnaît en ces deux êtres. Filiation.

La guerre retentit. Jeanne est adolescente et sort. Charlotte est inquiète. Paris est dangereuse.

Charlotte a un nouvel homme. Les rapports entre Pierre et Jeanne sont difficiles.

Charlotte échappe un peu plus encore à Jeanne.

Le temps d’être adulte. Jeanne a vingt-cinq ans et règles ses comptes avec Charlotte. Enfance teintée de regrets.

Réaction naturelle. Les mères sont à la fois parfaites et imparfaites.

Elles dansent, rient et se disputent.

Jeanne et Charlotte sont ô combien différentes. Singulier duo.

La mise en scène de Laurence Renn Penel est remarquable. Derrière la scène, Jeanne et Charlotte se préparent à partir pour la mer. Ou voir des amis. Jeu permanent.

Nous traversons plusieurs époques sans nous en apercevoir.

Christiane Cohendy et Clotilde Mollet sont d’immenses comédiennes. La pièce pourrait durer des heures entières tant elles sont brillantes. En état de grâce.

Le théâtre est le plus beau des arts. Précieuse soirée.

Marion Allard-Latour

Le Cercle des illusionnistes : Alexis Michalik, roi de l’écriture et de la mise en scène

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Edmond, Intra-muros et Le Cercle des illusionnistes. Trois pièces actuellement à l’affiche dans les plus beaux théâtres parisiens. Leur point commun se nomme Alexis Michalik. Il est l’auteur et le metteur en scène de ces œuvres qui réjouissent un large public.

Le bonheur nous envahit dès les premières secondes d’un voyage dans le temps. Plusieurs histoires se superposent. Un narrateur tombé du ciel nous explique avec engouement l’histoire de Jean-Eugène Robert-Houdain, grand escamoteur du XIXème siècle.

Des personnages se rencontrent. Ou ne font que se croiser.

Deux jeunes gens vivant dans les années 1980 se passionnent pour des matchs de football en compagnie de leurs amis, témoins de leur amour naissant.

Ils se sont croisés par hasard dans le métro. Troublée par l’attitude de Décembre, Avril laisse tomber son sac. Décembre le récupère et s’accuse d’un vol. Malentendu. Il décide de lui rendre son bien.

La conversation s’engage. Décembre parle à Avril de sa passion pour l’illusionnisme.

Elle possède dans sa besace un ouvrage sur Houdain, maître incontesté de Décembre. Posséder un sixième sens.

Autre époque, autre mœurs. Georges habite avec ses parents. Son père est cordonnier. Ce dernier désire que son fils reprenne l’entreprise familiale.

Un ange gardien apparaît et fait part à Georges de sa confiance en l’avenir.

Il lui parle de Houdain.

Georges est fasciné par son merveilleux destin.

Il décide alors d’être artiste.

D’autres protagonistes sont liés à Houdain. Ses descendants spirituels existent. Quel plus bel hommage pour un rêveur ?

Avril est architecte en ingénierie. Elle fabrique des coffres-forts. Malgré un travail monotone, la poésie est plus que jamais présente.

Décembre et Avril sont des aventuriers. Une nuit, ils se promènent au sein des locaux de l’entreprise dans laquelle Avril passe ses journées. Elle lui révèle un secret. Un petit théâtre vient d’être découvert dans les sous-sols de l’immeuble. Ils deviennent spéléologues.

L’obscurité est complète. Les spectateurs vivent au plus près cette expérience . La frontière entre la scène et le reste de la salle a disparu.

Une inscription sur un des murs mentionne le nom de Houdain. Ancien propriétaire du lieu. Avril et Décembre sont émerveillés. Marcher dans les pas d’un être exceptionnel. Les sentiments sont très forts.

Ils inspectent chaque recoin et apprennent que le successeur d’Houdain n’est autre que Méliés. Georges. Comme un certain ancien adolescent voulant fuir son milieu de commerçant.

Les mémoires sont multiples.

Nous plongeons dans l’univers du cinéma. Les premiers films des frères Lumière sont ainsi projetés. L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat est le plus saisissant de tous.

Houdain est là. Il effectue plusieurs numéros. L’un d’entre eux est féerique. Une femme s’envole. Folle légèreté.

Nous ne sommes pas en 2018. La date est indéfinie. Inconnue.

L’invention du 7ème Art est en marche. Décembre et Avril tentent de percer certains mystères.

La meilleure des solutions est de courir voir ce Cercle des illusionnistes.

Les six comédiens sont incroyables. Ils passent d’un siècle à l’autre en une fraction de secondes.

Un spectacle marquant en cette fin de saison.

Marion Allard-Latour

Bohème, notre jeunesse : Puccini revisité

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Après avoir pris place au sein de la somptueuse Salle Favard à l’Opéra Comique, le public, sensible à la belle et tragique histoire de Mimi et Rodolphe, écoute avec la plus grande attention ces airs sublimes et majestueux. Nos cœurs sont transpercés.

À la fin du XIXème siècle, Paris a une âme véritable. Les décors nous le prouvent. Sans discontinuer.

Rodolphe est un poète peu reconnu. Il travaille beaucoup. La vie de bohème. Ses amis sont de jeunes artistes sans doute destinés à un brillant avenir. Nul ne le sait.

Une jeune femme du nom de Mimi frappe à la porte de Rodolphe. Les histoires d’amour ne commencent-elles pas toutes ainsi ? Ce sentiment est présent dans la littérature. Il se décline de mille façons.

Chanté, il devient merveilleux. Tous les humains s’appellent Mimi et Rodolphe. Quelle plus somptueuse vie ?

Marcel, le fidèle acolyte de Rodolphe, est quant à lui épris de la flamboyante Musette. Une diva. Le contraire de Mimi.

Elles ne partagent rien si ce n’est un groupe d’amis. Mimi est fidèle et douce. Musette, frivole et colérique.

Les deux couples évoluent parallèlement.

Comme dans tous les drames sentimentaux, Mimi et Rodolphe décident de se quitter. Entre volonté et refus.

Les chants se font graves. Mimi est atteinte d’un mal incurable. Tuberculose. Une scène mémorable et poignante se joue entre la condamnée et Marcel.

Seule la mort les séparera.

Nous nous trouvons dans une autre dimension. Il fait encore jour en ce mois de juillet. Cependant, le noir est la couleur dominant l’assistance.

Puccini séduit encore et toujours. Ses opéras sont les huitièmes merveilles du monde.

Pauline Bureau excelle dans la mise en scène. Grâce à son talent, La Bohème entre dans une nouvelle ère ; celle de la modernité.

Sandrine Buendia et Marie-Eve Munger sont d’immenses cantatrices.

Les passionnés ne peuvent que se réjouir de l’existence d’une telle œuvre.

Magistral !

Marion Allard-Latour