Les Créanciers : deux diables et un ange perdus au pays de l’amour

Les-créanciers.jpg

Cette pièce écrite par Strindberg aurait pu être un simple vaudeville. Elle représente pourtant le contraire. Texte saisissant et profond. Nous n’en ressortons pas indemne.

Gustaf et Adolf sont deux hommes diamétralement opposés. Néanmoins, ils partagent un point commun. Une jeune femme, solaire et fatale.

Secret pour l’un, ignorance pour l’autre.

Leur dialogue est très nourri. Chaque mot a son importance. Ils parlent du désir lié à l’art. Adolf est peintre. Anonyme. Homme maudit, sujet à une grande dépression. Gustaf l’aide dans sa démarche de création. Adolf se découvre une nouvelle passion pour la sculpture.

Tekla, l’épouse d’Adolf est talentueuse. Elle est la lumière, lui l’ombre. Longtemps absente physiquement, elle demeure omniprésente dans les paroles.

Gustaf, en menteur invétéré, détruit l’âme de Tekla auprès d’Adolf. Dès son retour, il faut être intransigeant avec elle. Ne rien lui pardonner.

En réalité, Gustaf est toujours amoureux de cette unique compagne. Adolf connaît l’existence d’un premier mari. Il ne l’a cependant jamais vu. Imagination.

La situation devient absurde. Adolf promet à son sauveteur de l’écouter. Le début de la folie. Rupture.

Tekla arrive telle une comète. Au prime abord, elle semble attentionnée. Gustaf est invisible, dissimulé dans la chambre.

Adolf commence ses scènes. Le couple se délite. Tekla considère Adolf comme un ami-amant.

Il refuse ce rôle. D’autres le tiennent également. Impossible partage.

Tekla est cruelle. Gustaf surgit. Le destin se scelle.

Adeline d’Hermy, Didier Sandre et Sébastien Pouderoux incarnent merveilleusement ces personnages à la fois romanesques et délirants.

La mise en scène d’Anne Kesler nous immerge en un lieu fascinant. Bel atelier transformé en salon où règnent vengeance et trahison.

Amour et désamour. Vie et mort.

Une œuvre magistrale !

Marion Allard-Latour

La Musique en fête au domaine de la Richardière

La-Richardière.jpg

La saison estivale débute agréablement. Les élèves étudiant à l’école de musique de Marçon ont interprété plusieurs airs entraînants. Tarantelle, valse, boléro… Le public, séduit, apprécie la remarquable acoustique. Le plaisir n’en est que plus intense.

La Richardière est un lieu de création exceptionnel. Merveille nichée au cœur de la Vallée du Loir.

Sous une pluie battante, nous déambulons entre les différents ateliers. Oblivion d’Astor Piazzolla continue de donner des frissons.

Voyage en Amérique latine. Aller sans retour.

L’orage se fait menaçant. Puis une éclaircie apparaît. Dix violoncellistes reprennent une partition connue de tous. Dès les premières notes, je crois entendre le thème de la Sarabande d’Haendel. Somptueux arrangement. Les cinéphiles pensent immédiatement à Barry Lyndon. Gravité et beauté.

La Follia célébrée par Corelli résonne plus forte que le tonnerre. Ô temps suspendu.

Les averses sont fréquentes. Le miracle se produit lorsque des jazzmen enchaînent les grands classiques du répertoire. Ainsi Caravan nous fait danser.

Une journée fantastique placée sous le signe de la qualité.

Marion Allard-Latour

Joan Baez : la dernière tournée d’une légende militante

Joan-Baez.2018-250x354.jpg

Salle comble à l’Olympia. Joan Baez fait ses adieux à la scène. Douce euphorie lorsqu’elle apparaît. Émus, nous sommes.

Farewell Angelina retentit. Un ange passe. La voix de Joan Baez n’a pas changé. Avec sa guitare, l’artiste forme un couple mythique.

Nous fredonnons des airs connus. Here’s to you, Amazing Grace…  Belle union.

Joan Baez est une femme engagée. Ainsi chante-t-elle pour les migrants. Transmettre des messages à travers le monde. La solidarité est la plus noble des valeurs.

Joan Baez pense également aux victimes des fusillades. Celle de Parkland a profondément marqué les esprits. Elle dédie l’une de ses œuvres à cette jeunesse courageuse et digne affrontant l’horreur.

Le silence est précieux en cet intense moment.

Soudain, L’Auvergnat de Georges Brassens est repris en chœur. Puis vient Le temps des cerises.

Une soirée ne ressemblant à aucune autre.

Marion Allard-Latour