Françoise Sagan, le charmant petit monstre de Caroline Loeb

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Arrivée sur scène fracassante. Caroline Loeb, célèbre chanteuse de « C’est la ouate », est Françoise Sagan. La voix douce et mélodieuse de l’interprète résonne avec émotion dans la petite salle du Théâtre du Marais.

L’auteur de « Bonjour Tristesse » s’était confiée dans un livre intitulé « Je ne renie rien ». Caroline Loeb s’empare de chaque phrase et les fait revivre. Françoise Sagan parle de son enfance joyeuse, bourgeoise et solitaire.

La jeune fille s’ennuie et décide alors d’écrire. Instinct. La gloire lui vole ses vingt ans. Le public sent la présence de Sagan à chaque instant. Le mythe s’efface pour laisser place à une femme drôle, fragile et forte à la fois.

Nous rions aux éclats lorsque Françoise Sagan évoque son rapport à l’argent. Sans importance. Il sert à être dépenser. Philosophie.

Françoise Sagan est plus angoissée par la mort que par l’existence. Elle aime les arbres et ne comprend pas qu’ils se trouveront un jour hors de sa vue.

Assise à même le sol, elle se souvient de ses amours et de la naissance de son fils. Nouvelles responsabilités.

Sa passion pour les mots est inébranlable. Légers ou graves, ils sont ses confidents.

De temps à autre, « Les Quatre Saisons » de Vivaldi retentissent.

Françoise Sagan se questionne sur la société. Rapide et intransigeante.

Elle regrette de ne pas avoir pris plus le temps de savourer.

Les lecteurs profitent de ses ouvrages, si précieux. Cadeaux littéraires.

Nous sommes dans un monde où Françoise Sagan ne respire plus.

Notre seule consolation est de boire ses paroles.

Caroline Loeb est exceptionnelle dans cet incroyable monologue.

La mise en scène d’Alex Lutz est sobre. Nous rencontrons Françoise Sagan dans l’intimité.

Chance inouïe !

Marion Allard-Latour

Art de Yasmina Reza : trois amis, un tableau et des questionnements sur la réception d’une œuvre !

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La pièce de théâtre « Art » est un succès depuis 1994. Yasmina Reza, la créatrice de ce phénomène mondial, a su conjuguer intelligence et humour pour parler des réticences liées à l’art contemporain. Snobisme contre classicisme. Le débat reste houleux.

Le public se presse afin d’applaudir un fabuleux trio de comédiens. Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling et Alain Fromager interprètent respectivement Yvan, Marc et Serge. Ils s’aiment d’une amitié forte et indestructible. Un événement, pouvant paraître anodin, modifie alors leurs relations.

Serge, grand dermatologue, fait l’acquisition d’un tableau entièrement blanc. Il le présente fièrement à Marc. Ce dernier ne comprend aucunement la démarche de l’artiste. Quel est l’intérêt de peindre une toile blanche en blanc ? Comique de répétition.

Marc se risque à poser la question qui fâche. Combien cette œuvre a-t-elle coûtée ? Réponse immédiate de Serge : 60 000 euros ! Stupéfaction !

Serge est devenu fou. Il possède d’excellents revenus mais ce confort ne peut justifier un tel achat. Marc part, désemparé et en colère, rejoindre Yvan, l’autre comparse.

Il lui explique la situation. Yvan, homme doux et pacifique, ne veut pas tourmenter ses amis. Le futur marié semble avoir d’autres problèmes à résoudre.

Yvan finit par se rendre chez Serge. Il observe l’objet du conflit sans dire mot. En réalité, Yvan n’a pas d’avis. Serge a choisi de s’offrir ce bien. Respect et confidentialité.

Marc est révolté lorsqu’il apprend cela. Serge n’est qu’un profiteur ! Savoureux dialogues !

Pour se ressourcer, Serge lit Sénèque. Intellectuel. Marc ne le reconnaît plus. Scène hilarante !

Serge, Marc et Yvan décident de dîner au restaurant. Comme à son habitude, Yvan est en retard. Il rencontre de nombreuses difficultés avec sa belle-famille. Arrivant littéralement épuisé, il se livre à un délicieux monologue.

La soirée se termine dans les cris !

Les disputes continuent d’éclater entre Serge et Marc. Le premier défend le peintre. Une véritable pensée se cache derrière ce blanc cassé ou pur.

Le second pense sincèrement qu’il s’agit d’une imposture.

Phrases blessantes. Fissures. Brisures.

« Art » est incontournable pour tous les amoureux de théâtre.

Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling et Alain Fromager sont parfaits dans leurs rôles.

Épatant !

Marion Allard-Latour

Carré 35 d’Eric Caravaca : une famille secrète

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L’acteur Éric Caravaca nous emmène dans son univers familial. Un documentaire d’une grande intensité émotionnelle où les non-dits des parents sont source d’incompréhension pour leurs enfants.

Éric Caravaca a un frère aîné. Cependant, il sent qu’une ombre plane.

Un jour, il visite un cimetière suisse. Une tristesse inexpliquée s’empare alors de lui.

Christine. La sœur disparue. Éric Caravaca n’était pas né. Sa mère, Angèle, n’en a que très peu parlé. L’enfant est décédée à l’âge de trois ans.

Éric Caravaca enquête.

Christine a rendu son dernier souffle à Casablanca, chez sa tante. Angèle et Gilbert ne sont pas présents. Ils vivent depuis quelques temps en France.

  1. Année fatidique.

Le comédien plonge dans ses archives personnelles. À la fin de la décennie 1950, Angèle et Gilbert se marient. Insouciance et bonheur. La douleur est pour plus tard. Personne ne le sait encore.

Les spectateurs vivent cette histoire comme s’il s’agissait de la leur. Les destins se croisent.

Tous deux espagnols, ils ont dû s’exiler au Maroc. Les massacres sont permanents. Pourtant, les deux jeunes gens semblent profiter de leur jeunesse.

Christine fait son entrée dans le monde en 1960. Gilbert témoigne devant la caméra. Sa version s’oppose à celle de son épouse.

Christine est trisomique. Angèle décide de cacher le mal de sa fille.

Ils déménagent à Alger. Puis séjournent de nouveau à Casablanca. Là, ils laissent Christine.

Éric Caravaca cherche avec obstination la tombe de sa sœur. Elle est enterrée au cimetière français de Casablanca. Carré 35. Son nom est gravé dans le marbre. Sur le petit livre blanc, l’emplacement de la photographie est vide. Pillage.

Néanmoins, Éric Caravaca est étonné de découvrir une jardinière accompagnant Christine dans son éternité.

Les images se superposent. Hier et aujourd’hui. Angèle revient au Maroc. Son fils la filme en train de se recueillir. Elle a retrouvé Christine.

Marion Allard-Latour

Le Salon International de l’Agriculture : les produits du terroir à l’honneur

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Grand rendez-vous des politiques, le Salon de l’Agriculture est aussi un moment primordial pour découvrir l’ensemble des spécialités de l’Hexagone. Fromages, vins, saucissons… Jacques Chirac a largement popularisé cette pratique annuelle. Pour les bons vivants.

Le premier hall est consacré à l’élevage des chevaux. Les ânes sont leurs voisins. Nos âmes d’enfants ressurgissent.

La visite continue en compagnie des vraies vedettes, j’ai nommé les vaches, venues des quatre coins de la France. Charolaise, Rouge des prés, Montbéliarde, Bazadaise, Salers ou encore Limousine. Elles sont toutes là.

Moutons, chèvres, lapins et poules représentent de sympathiques concurrents. Les coqs sont merveilleux avec leurs plumages colorés. Comme dans une peinture. Avec amusement, nous cherchons parmi les multiples oiseaux le fameux pigeon parisien. En vain.

Le Salon invite de nombreux pays à exposer leurs talents culinaires. Maroc, Mali, Burkina Faso… Les étals d’épices sont infinis.

Joie olfactive !

Petits et grands trouvent leur bonheur !

Marion Allard-Latour

 

 

1 heure 23’14’’et 7 centièmes ou l’incroyable performance

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La rencontre improbable et enthousiasmante entre sport et théâtre fut une révélation. Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre livrent aux spectateurs quatre-vingts minutes d’intenses émotions.

Les lumières s’éteignent au Théâtre du Rond-Point. Deux protagonistes entrent sur la scène, alors transformée en salle d’entraînement. Ils sont en totale symbiose. Course, petits et grands pas, déhanchements. Les corps se détendent.

L’athlète de haut niveau veut être le meilleur dans sa discipline. Son coach est compréhensif. Patience.

Aucun mot n’est prononcé par le futur champion. Seul le professeur parle.

Il lui indique les différentes techniques à employer.

Ensemble, ils dansent pour mieux s’imprégner du sol. La terre. Formation d’un couple d’artistes. Musiques classique et rock. Le public est emporté dans cette belle et extraordinaire aventure.

Puis vient le temps des déchirures. Une violente dispute éclate. Jusqu’alors muet, le jeune homme se révolte. Insultes.

Le personnage interprété par Jacques Gamblin ne comprend pas ces attaques.

Abandon temporaire.

Ils reviennent finalement à leurs premières amours.

Le meneur du jeu évoque son passé de sportif. Il s’est entièrement consacré à sa carrière professionnelle. Fierté. Certains regrets aussi.

Il a le désir de transmettre son savoir aux nouvelles générations.

Le quinquagénaire essaie de motiver son protégé. Toujours avec la même envie de se dépasser. Le travail et la persévérance sont essentiels pour réussir.

Incroyable monologue. Il déclame le nom de tous les sports existants. En un unique souffle.

La confiance renaît.

Une pièce remarquablement jouée et mise en scène par Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre. Duo complice.

Un air de liberté.

Marion Allard-Latour