Hommage à Paul Bocuse

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Lyon est en deuil. Paul Bocuse vient de s’éteindre. Plusieurs générations de fins gourmets perdent un maître. De Collonges au quartier de la Tête d’Or en passant par le 2èmearrondissement, Monsieur Paul a su créer au fil des années un lien fort entre son art culinaire et de nombreux fidèles.

Depuis ma plus tendre enfance, déjeuner ou dîner dans l’un de ses restaurants est un rituel.

La Brasserie de l’Est reste un émerveillement pour la petite fille que je fus. Située dans l’ancienne gare des Brotteaux, le charme opère instantanément. Beauté des lieux. Grandeur. Un train miniature circule au-dessus de nos têtes. Je déguste ainsi des mets exceptionnels dans un cadre authentique.

Ma place favorite est celle où je suis installée à hauteur des cuisiniers. Action. Les desserts, dont le fameux vacherin, sont préparés sous mes yeux. Une chance inouïe.

Je n’oublie rien de ces moments exquis.

Le Nord. Deuxième découverte. Ambiance studieuse. Le Collège Ampère où j’effectue ma scolarité se trouve à proximité. Plaisirs gustatifs. Avoir onze ans et faire comme les adultes. Apprécier, savourer et revenir. Toujours.

Souvent, nous nous décidons à traverser la Saône pour nous rendre à l’Ouest. Le goût de l’Atlantique. Un certain exotisme aussi. Parfaite alliance.

Nous avons toutes et tous conscience que le plus grand chef du monde est Lyonnais. Quel merveilleux point commun, l’amour pour une ville !

Je garde en mémoire le récit de mes grands-parents lorsqu’ils se sont rendus à Collonges. Luxe et volupté !

Aujourd’hui les gones pleurent.

                                                                                   Marion Allard-Latour

Julien Cottereau, un clown joyeux

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La charmante salle du Théâtre des Mathurins est emplie de joie grâce au spectacle de Julien Cottereau. Le mime-clown fait une entrée fracassante.

Il semble être poursuivit. Homme en colère ou chien cruel. Mystère.

Portant un chapeau de couleur verte, notre Robin des Bois commence sa série de numéros. Hilarité ! Il est consciencieux en réalisant différentes tâches ménagères. Cependant, le héros sans nom, demeure sans cesse importuné par de petits détails. Une mouche vole. L’insecte glisse dans sa manche. Il se débat. Grande imagination. Une histoire en cache souvent une autre.

Le chewing-gum fou. Julien Cottereau s’amuse à transformer cette sucrerie en pantalon. Il l’étend puis l’enfile avant de lui redonner sa fonction première.

Le bonheur est communicatif.

Certains spectateurs montent sur scène et s’intègrent parfaitement à l’univers du comédien. Un jeune garçon devient son partenaire de jeu. Tous deux se lancent un ballon. L’enfance est belle.

Soudainement, le décor change. Musique disco. Le farceur tombe amoureux. Il ne sait comment le dire à sa dulcinée. Alors, il danse. Toute la lumière est sur lui. Comme dans un cabaret.

Nous sommes emportés par cette romance.

Le danger est toujours présent. Bête féroce. Julien Cottereau est enfermé à l’intérieur d’un carré. La forêt et l’obscurité. Il essaie de s’en échapper. Des sons inquiétants surgissent de loin.

Il n’a d’autre choix que de rester là, perdu. Invention d’un instant éphémère.

Tout s’enchaîne. Il trouve un animal. Attachement certain. Néanmoins, le mime s’improvise chasseur. Dénonciation de la cruauté envers ceux qui devraient être nos meilleurs amis.

Julien Cottereau incarne ensuite plusieurs personnages. Drôlerie et subtilité.

Les gestes remplacent tous les mots. La poésie est un langage universel.

Zygomatiques heureux !

Représentation à prescrire quotidiennement tant Julien Cottereau est doué ! L’art d’être comique !

Marion Allard-Latour

Edmond, une pièce de théâtre inspirante et enjouée

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Le Théâtre du Palais-Royal connaît depuis plusieurs mois un immense succès grâce à la pièceEdmond, mise en scène par Alexis Michalik.

En s’installant dans la mythique salle, le rideau est déjà levé. Intérieur datant de la fin du XIXème siècle. Les comédiens arrivent. Ils discutent et jouent du piano. La bohème.

Le spectacle peut commencer !

Honoré, le patron d’un café qui porte son nom, fait une importante déclaration. L’année 1895 sera politique et artistique.

Le poète Edmond Rostand vient de subir un échec professionnel. La Princesse lointaine, drame écrit en vers n’a séduit ni le public ni la critique.

L’interprète principale s’appelle Sarah Bernhardt. Elle seule croit au talent d’Edmond.

Marié et père de deux enfants, Rostand est désespéré. Vivre à Paris représente une joie et une souffrance.

Edmond côtoie pourtant les plus grands. Feydeau, Courteline et Méliès apparaissent. Ils prennent Rostand pour un petit auteur. Impopularité.

Un jour, Edmond rencontre Coquelin, véritable vedette. Le vieil homme a des ennemis dans le métier. La Comédie-Française lui interdit de jouer suite à un différend.

Bravant les obstacles, Coquelin commande une pièce à Rostand. Le jeune écrivain ne possède que peut de temps pour la créer. Trouver l’inspiration. Panique.

Son ami Léo, dandy, est d’un inconditionnel soutien. Ce dernier tient absolument à lui présenter sa nouvelle conquête, Jeanne. Costumière, elle est accompagnée d’une amie, Jacqueline. La scène est caustique.

La danse du French Cancan éclate comme un feu d’artifice. Gaieté.

Jeanne a une tendresse particulière pour les mots de Rostand. Séduction. Edmond est flatté, en secret. Une soirée durant, Rostand se transforme en Feydeau. Mensonge de Léo. Imbroglio.

Léo aime Jeanne mais ne sait comment exprimer ses sentiments. Rostand l’aide. Ils sont côte à côte. Jeanne est à l’étage, travail oblige.

Un jeu s’installe alors. Rostand souffle des phrases d’amour à l’oreille de Léo. Il les répète à son tour. Pour Jeanne. Elle est sous le charme.

Une correspondance naît entre Léo et Jeanne. Les lettres sont rédigées par Rostand. Rosemonde, sa femme, découvre les missives. Stupéfaite, elle pense son mari infidèle.

Relation platonique.

Edmond ne quitte plus sa plume et ses feuillets. Cette histoire le transporte hors de la réalité. Jeanne devient Roxane. Tout prend forme. Actes de la vie.

Début des répétitions.

Les producteurs corses défient Coquelin. Ils chantent. Escrocs et clowns.

Divers imprévus ont lieu.

Merveilleuse mise en abyme.

Le sérieux et l’angoisse arrivent au moment de la première. Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Rostand tente de respirer. En vain.

Bien installés dans leurs fauteuils, les gens rient sans discontinuer. Gloire !

La comédie tant désirée par Coquelin est au final une belle tragédie.

L’amant de Roxane, Christian, meurt au cours d’un combat.

Cyrano est quant à lui toujours épris de cette femme charmante. Fantasme.

Disparition soudaine de l’escrimeur.

Applaudissements nourris.

Nous vivons un moment unique. L’humour est la force de cette œuvre riche. Tous les comédiens excellent.

Les décors sont incroyables de fantaisie.

Des coulisses à la maison close en passant par l’appartement de Rostand, le Paris 1895-1897 subjugue et effraie.

Salutations.

Rappels.

Lisons mille fois Cyrano de Bergerac ! Bijou littéraire !

Marion Allard-Latour

 

César : sculpteur-compresseur de génie !

César

En ce début d’année 2018, l’envie soudaine de découvrir l’ensemble de l’œuvre de César est grande. Le célèbre créateur du trophée récompensant les professionnels du cinéma français nous étonne à chaque instant.

Une salle immense scindée en dix parties montre aux spectateurs l’évolution de l’artiste durant plus de cinq décennies.

Un moment privilégié au Centre Pompidou !

Né à Marseille en 1921, César Baldaccini restera toujours attaché à sa ville natale. Il dédiera une sculpture à la cité Phocéenne. Belle de Mai (1956) est le fruit d’un amour absolu pour son quartier d’enfance. Souvenirs indélébiles.

Dès le début de l’exposition, je suis subjuguée par son travail titanesque. L’Esturgeon qu’il réalise en 1954 est impressionnant de par sa grandeur. Les techniques employées sont soigneusement détaillées. Ainsi, pour la première fois, César utilise la soudure à l’arc, élément qui lui permet d’être plus rapide. Action.

Il s’amuse à représenter certains animaux et autres insectes.

Deux chauves-souris attirent mon attention. Entre réel et imaginaire.

Une série de sculptures en bronze portant sur le thème des ailes est bouleversante. Légèreté.

J’avance à petits pas.

Des objets du quotidien surgissent. Deux râpes à fromage créées par César trônent sur des toiles. Relief et créativité.

César a un rapport particulier au corps féminin. Torse (1954) le prouve. Décharné et incomplet. Souffrances.

Contradiction. Plaque femme (1958) fait l’éloge de ses attributs. Sensualité.

Un autre chapitre s’ouvre. César étudie une nouvelle manière d’assembler des matériaux. Le monde de la ferraillerie lui est proche.

D’immenses fresques sont constituées de morceaux d’anciennes automobiles. Seconde vie.

Face à une Dauphine 1959 entièrement écrasée, je suis perplexe.

César n’est pas un matérialiste. Il déforme tout. Modification. Anti-consommation.

César a voulu laisser une empreinte. Ses pouces en sont les témoins. Petits, moyens ou grands. En polyester, marbre ou plâtre. Le public s’arrête de longues minutes. Illuminés par le soleil, ils ont une allure folle. Passionnante collection.

Les expansions de César sont pleines d’inventivité. Il arrive à faire prolonger un verre brûlé, un œuf ou une bouilloire remplie d’un liquide rougeâtre. Rien ne se termine.

César décide également d’envelopper des téléphones et des chaussures dans du Plexiglas. Esthétique.

La poule monumentale Fanny Fanny (1990) est moderne. Elle possède des rollers. Courir après le temps.

Les compressions murales présentes dans la dernière pièce sont faites d’affiches publicitaires et de cartons. Cadre coloré.

La rétrospective César est importante pour appréhender les soixante dernières années.

Un regard décalé sur notre société.

Plus que jamais essentiel !

Marion Allard-Latour

L’échange des princesses, Louis XV ou la difficulté d’être roi

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Le réalisateur Marc Dugain a eu la fabuleuse idée d’adapter le roman éponyme de Chantal Thomas sur grand écran.

Le résultat est plaisant.

En 1721, le jeune Louis XV, onze ans, est en proie à devenir roi de France. Seul face au pouvoir. Cependant, sa gouvernante, l’exquise Mme de Vendatour, reste très présente. À ses côtés.

La décision est prise de marier Louis XV à une jeune femme afin de donner au Royaume de France un héritier.

Le duc d’Orléans, assurant alors la régence, organise l’événement. Il choisit pour son protégé, Marie-Victoire de Bourbon, la plus jeune enfant de Philippe V d’Espagne. Petit-fils de Louis XIV, ce dernier est dévasté de devoir donner sa fille à un pays longtemps ennemi.

La stratégie est de mise. Louise-Elisabeth d’Orléans se destine à épouser Louis Ier d’Espagne, fils de Philippe V.

Cet accord tend à réconcilier la France et l’Espagne après des années de guerre.

L’échange se déroule de façon extrêmement protocolaire.

Marie-Victoire, heureuse et impatiente de rencontrer le futur Louis XV, ne cache pas malgré son âge peu avancé, une grande émotion.

Elle est accueillie avec beaucoup d’étonnement.

Le duc d’Orléans meurt soudainement. Louis XV devient le nouveau roi. Digne.

La fille du défunt, Louise-Elisabeth s’acclimate difficilement à la Cour d’Espagne. Elle n’éprouve pour son mari aucun sentiment.

Enchaînement de maladresses. Louis 1er semble quant à lui épris de cette belle femme. Souffrances.

Philippe V décide d’abdiquer. Posté devant le portrait de Louis XIV, il fait une déclaration emprunte de solennité et de gravité.

Louis 1er est roi à son tour. Le couple royal est effrayé.

Leur destin est tragique. Louis décède de la variole quelques mois plus tard.

Philippe V reprend ses anciennes fonctions. Immanquablement.

À Versailles, l’entourage de Louis XV se rend compte que Marie-Victoire ne peut avoir d’enfant.

Elle est rendue à ses parents. Petite fille affectueuse et charmante.

Le film montre avec vigueur et esprit la difficulté pour d’insouciantes personnes à régner.

Entre profits et malheurs, les protagonistes font face à des situations toujours périlleuses.

Nous sommes séduits par les fastes décors.

Les acteurs nous offrent des prestations de qualité. Lambert Wilson incarne Philippe V de manière juste et forte.

Juliane Lepoureau est exceptionnelle en Marie-Victoire. La naissance d’une étoile.

Une fresque historique passionnante.

Marion Allard-Latour

Maria Callas : la voix d’un siècle

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Quarante années après sa disparition, l’ombre de Maria Callas est présente dans les salles d’opéra du monde entier.

Un magnifique documentaire lui est consacré. Maria by Callas de Tom Volf plonge les spectateurs au sein d’un univers artistique et médiatique.

Maria Callas naît et grandît à New-York, ville de tous les possibles. Dotée d’une voix en or, la jeune femme fascine.

Le film nous fait découvrir de nombreux entretiens de la diva. À chaque période de sa vie, la Callas est aussi belle qu’intimidante. Elle parle de son rapport au métier de chanteuse lyrique, à la difficulté de mener à la fois une vie professionnelle et personnelle exemplaire. Cependant, les regrets ne semblent pas faire partie de son état d’esprit.

Maria Callas se définit comme une comédienne. Tragédienne.

Casta Diva. Bellini. Elle ressemble à une reine. Nous fermons les yeux. Rêve.

Sa carrière ne fut pas simple. En 1958, alors qu’elle vient d’achever le premier acte de laNorma, la Callas, malade, ne remonte pas sur scène. Huée. Scandale à Rome.

La décennie 1960 est synonyme de liberté pour Maria Callas. Aristote Onassis, célèbre armateur grec, la fait voyager.

Métamorphose.

Elle délaisse son art pour d’autres horizons.

Lors de récitals fameux, la Callas est acclamée. Mythe vivant. Jusqu’à sa disparition, un jour de septembre 1977, son aura est telle que partout où elle paraît, les lieux deviennent divins.

Maria Callas a marqué son temps de par sa grâce et son caractère enflammé.

La voix de Fanny Ardant se mêle aux images d’archives.

La Callas écrit sans cesse à Elvira de Hidalgo, son ancienne professeure de chant. Indéfectibles liens.

Les mots et les notes.

Un demi-siècle de musique.

Pour les mélancoliques, les mélomanes et les autres !

Marion Allard-Latour