Novecento, le pianiste marin et le vague à l’âme

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De surprises en surprises. Novecento, pièce mise en scène et interprétée par André Dussollier, est l’adaptation du récit d’Alessandro Baricco.

Un texte entraînant qui relate une amitié forte entre deux hommes musiciens, l’un génie parmi les génies, l’autre modeste et gentleman.

André Dussollier incarne ce trompettiste marqué à vie par le talent de son camarade Novecento, pianiste singulier.

L’histoire commence ainsi. Se remémorant la période de son existence passée sur un immense paquebot le menant en Amérique, Tim Tooney raconte le destin incroyable de cet ami fou de notes et de mesures à trois ou quatre temps.

Né en 1900, à bord du Virginian, de parents migrant vers le Nouveau Monde, le futur Novecento est abandonné. Petit être sans pays ni famille, il est recueilli par un membre de l’équipage. Cet homme généreux devient son père de substitution. Un malheur en cachant un autre, il meurt de façon tragique. Double deuil pour l’enfant.

Un jour, il disparaît. Novecento n’est plus visible et l’inquiétude grandit. Le jeune garçon a trouvé refuge au sein d’une soute. Il joue du piano. Merveilleusement.

Tim Tooney (André Dussollier) est ému. En narrateur soucieux de la précision, il évoque un épisode où Novecento est confronté à Jelly Roll Morton. Ce dernier se dit être l’inventeur du jazz. Un duel entre les deux protagonistes débute. Morton est un guerrier, Novecento un pacifique. D’une naïveté touchante, le prodige interprète « Titine ». Fou rire général.

Tim pense que son compagnon de route a perdu le combat. Il n’en est rien. Novecento est le plus grand pianiste du monde.

Vingt-sept années après son apparition sur la planète bleue, Novecento n’a jamais quitté le Virginian. Son unique refuge. Il connaît les tempêtes, les vagues et les couloirs interminables du bateau par cœur.

Les champs, les familles, le bonheur, le malheur, la ville représentent uniquement des mots. Il n’a rien vu de tout cela.

Il n’est pas descendu du navire par peur de la terre ferme. Son seul ami est le piano. Les touches noires et blanches sont limitées. L’infini l’angoisse. Le vide. La vie.

Tim Tooney a fréquenté Novecento durant six ans. En 1933, il rejoint le monde.

Une lettre lui parvient à la fin de la guerre. Le Virginian finit sa course. Fortement détérioré par cinq années de conflit, les autorités ont décidé de le détruire. Novecento est resté. Tim le rejoint pour le convaincre de partir. Refus catégorique.

Un son indescriptible retentit.

Final !

André Dussollier est magistral !

Le public est emporté par les émotions, le rire et le jazz.

Les quatre musiciens présents sur scène donnent un rythme absolument réjouissant à l’œuvre !

Pour notre plus grand bonheur !

Marion Allard-Latour

 

Caro/Jeunet : Déambulation rêveuse à la Halle Saint-Pierre

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Samedi pluvieux mais heureux. Rendez-vous à Montmartre pour découvrir la très belle exposition dédiée aux réalisateurs Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro. Quarante années défilent ainsi sous nos yeux émerveillés.

Une matinée hors du temps et du réel.

Une partie de cache-cache débute dès les premiers instants de cette visite enchantée. Objets et autres photographies se dévoilent en même tant que nous avançons dans cette salle plongée dans la pénombre.

Quinze ans après la sortie du film, Amélie Poulain est toujours la vedette. Sur les murs, le public découvre les croquis représentant l’appartement de la plus célèbre femme du XVIIIème arrondissement de Paris.

Jeunet et Caro sont des génies de l’imaginaire. De nombreux chefs-d’œuvre émanent de leurs esprits.  DelicatessenLa Cité des enfants perdus ou Le Manège. Quand la science-fiction rencontre la folie, le résultat est détonnant.

L’atmosphère devient subitement étrange lorsque l’on se retrouve face à face avec des aliens. Fantasmagorie.

 Alien : la résurrection est l’un de ces films nous projetant dans un futur inquiétant, rempli de robots puissants à l’aube du XXIVème siècle !

J’observe chaque image avec la plus grande attention. Jeunet et Caro accordent une importance particulière aux visages. Ils emploient souvent les mêmes acteurs (Dominique Pinon, Audrey Tautou, Jean-Claude Dreyfus…). Chacun incarne ce cinéma venu d’une autre époque à la perfection.

Georges Méliès est plus vivant que jamais !

Le fantastique et l’onirisme sont teintés d’une douce mélancolie.

Les insectes les plus curieux de la planète côtoient d’improbables machines (le cerveau de La Cité des enfants perdus).

La pluie laisse place au soleil ! Magie de l’art !

 

 Marion Allard-Latour

Ies’ Sports : une association très dynamique !

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Eva, Thomas et Guillaume sont étudiants en deuxième année à l’IESEG (école de commerce). L’an passé, ils ont repris l’association « Ies’sports », initialement créée en 2011. Dix personnes sont ainsi impliquées dans cette formidable aventure prônant à la fois l’exigence sportive et le partage.

L’association propose en alternance, une semaine sur deux, à des élèves de CE2 et de CM2 (25 par classe) des activités sportives. Ces enfants étudiant à l’école Henri Poincaré d’Asnières bénéficient d’un apprentissage complet visant à les rendre plus autonomes et responsables. L’établissement est classé en ZEP (zone d’éducation prioritaire).

Eva, Thomas et Guillaume sont très enthousiastes à l’idée de faire découvrir des disciplines peu connues dans ces quartiers.

Âgés de 7 à 9 ans, les écoliers semblent heureux de participer à cette expérience aussi enrichissante pour eux que pour les organisateurs. Les deux institutrices sont également présentes lors de ces échanges.

« C’est très gratifiant même si cela représente beaucoup de travail en amont » confie Eva. En effet, en plus du temps consacré à la préparation de chaque séance et au bon déroulement de celle-ci, l’association a besoin de sponsors afin de se faire connaître à plus grande échelle. Aujourd’hui un partenariat avec le Crédit Agricole est établi. De temps à autre, des sportifs professionnels viennent à Asnières pour faire partager aux enfants leur passion (judo, baseball…)

En plus de l’aspect purement sportif, l’association joue sur une autre orientation ; celle de l’importance de la nutrition. À l’issue des activités, un goûter leur est proposé. « Il faut être cohérent » dit Thomas. Le sport demande une hygiène de vie saine et c’est pourquoi sensibiliser les jeunes à une alimentation de qualité est primordial. Ils apprennent à différencier le nécessaire du superflu.

« Ies’sports » participe aussi à de nombreux événements telles que les Olympiades. Ces dernières permettent des rencontres entre plusieurs groupes venant de différentes communes.

L’impact sur les élèves semble très positif. « Chaque jeudi, ils savent qu’ils ont sport avec nous et cela les rend joyeux » explique Guillaume.

Il s’agit d’une vraie plus-value pédagogique pour eux. De nouveaux horizons leurs sont alors ouverts avec l’espoir de susciter des vocations.

Longue vie !

Marion Allard-Latour

Amok ou la folle douleur de vivre

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« Le Lucernaire » n’en finit pas de programmer des pièces exceptionnelles. « Amok » de Stefan Zweig n’échappe pas à cette règle. L’interprétation d’Alexis Moncorgé, merveilleux comédien et petit-fils de Jean Gabin, est époustouflante. Les spectateurs sont comme hypnotisés par son jeu.

Le personnage sans nom, médecin, nous raconte son histoire. La tragédie moderne dans toute sa splendeur. Fascination, amour, remords, regrets, aide, désespoir, agonie et mort. Sur le bateau du retour, il revit les cinq années passées là-bas, en Malaisie. Un événement a fait basculer sa vie. À jamais.

En Europe, il tombe amoureux d’une femme. Complètement subjugué par sa beauté, il commet pour elle une grave infraction au sein de l’hôpital où il travaille. Vol d’argent. Radiation immédiate.

Un poste de médecin lui est alors proposé en Malaisie. Il part sans tristesse aucune. Il s’imagine une nouvelle vie, plus belle et plus intéressante. Découvrir une autre culture. S’émerveiller puis déchanter.

Néanmoins, il est un professionnel de santé apprécié par la population. Un jour, il se rend compte qu’il ne lui reste que deux ans à passer dans cette contrée reculée. Il en est heureux et pense que le temps est avec lui.

Soudain, quelqu’un frappe à la porte. Une femme apparaît. Le destin se noue. Elle est européenne. Enceinte de son amant, elle est venue lui demander un service. Orgueilleuse, elle impose ses conditions. Le médecin veut lui résister mais il est saisi par son charme. Pour autant, il est impossible de la satisfaire. Cette requête est dangereuse. Il risque la condamnation fatale. Elle, la mort. Fin de la conversation.

l s’éprend d’elle. Elle devient son obsession. Il la cherche partout. Il veut finalement l’aider, répondre à son appel de détresse. Son mari est de retour dans trois jours. Trois jours. La répétition de ces mots est une torture. Il doit agir vite. Il la croit faible. Elle est plus forte que lui.

La jeune femme est au bal du gouverneur. Le médecin aussi. Elle sauve les apparences. Froideur extrême. Il lui en veut terriblement. À en mourir.

L’amok surgit. La folie meurtrière. Il court partout et veut tuer tout le monde. Son amour mène à la haine.

Plus tard, le valet de sa malheureuse patiente lui ordonne de le suivre. Il l’emmène dans le quartier chinois. Elle est là, mourante. Le médecin n’a pas su lui porter secours. Il est trop tard maintenant.

Un secret s’installe entre eux. Le premier et le dernier. Elle ne veut pas que l’on connaisse les causes de sa mort. Il respecte ses dernières volontés.

Nous sommes les témoins de ce drame. Le médecin n’arrivera jamais sur les côtes françaises. Il plongera avec le cercueil de la défunte dans l’océan. La vérité s’est évaporée.

La mise en scène de Caroline Darnay est simple et efficace. Seul en scène, Alexis Moncorgé réussit l’exploit d’être tous les personnages à la fois !

Nous en sortons complètement bouleversés. Zweig est un génie ! Alexis Moncorgé aussi !

Les livres et le théâtre sont les deux plus beaux miracles du monde !

Marion Allard-Latour