Derain, Balthus et Giacometti : une amitié placée sous le signe de l’art

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Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris nous enchante avec cette exposition riche en surprises et en découvertes. Au fil des huit salles, nous plongeons dans l’univers de trois artistes ayant marqué le XXème siècle par leurs talents et leurs visions du monde. Retour sur quelques heures ensoleillées, loin de la pluie et du vent.

André Derain, Alberto Giacometti et Balthasar Klossowski de Rola dit Balthus étaient amis. Une amitié forte et artistique. Derain, plus âgé que ses deux compagnons, noue des liens avec Max Jacob ou Vlaminck avant la Première Guerre mondiale. Il est un artiste confirmé. Son aura est internationale et il suscite l’admiration chez les jeunes artistes dont Giacometti et Balthus.

Derain s’est toujours attaché à rendre hommage à l’art du passé. Nous trouvons là un point commun essentiel entre les trois peintres. Le premier est très sensible à l’art médiéval et c’est ainsi que Le joueur de cornemuse voit le jour entre 1910 et 1911. Balthus s’inspire des œuvres de Piero della Francesca pour créer à sa manière Résurrection. L’artiste réalise également une série de tableaux portant sur La légende de la Sainte-Croix en 1926. J’ai l’impression d’observer des toiles du Quattrocento. Curieuse sensation.

Derain, Giacometti et Balthus s’illustrent parfaitement sur un thème primordial ; celui des natures mortes. Nature morte aux oranges pour Derain, Nature morte pour Balthus. Mille et une façons de réinventer ces classiques picturaux. Giacometti peint quant à lui de merveilleux paysages qui peuvent faire penser aux spectateurs à des mondes oniriques, où tout est coloré et beau. Je m’arrête ainsi plusieurs minutes devant Le lac de Sils (1921-1922). Tout est possible encore.

Les trois amis se retrouvent aussi sur une autre thématique : les portraits. Souvent des femmes, des muses. Le portrait de Carmen Baron de Derain représente sans doute la femme idéale. Belle, esthète, intelligente. Une inspiration pour l’artiste.

Balthus peint également beaucoup les femmes, souvent nues. La jeune fille à la chemise blanche (1947-1948) en est l’exemple parfait. Elle est jeune et insouciante. Le modèle et son artiste. L’artiste et son modèle. Giacometti, surtout célèbre pour ses sculptures, se montre, pour notre joie, un fabuleux peintre et portraitiste. Aïka Sapone est celle qui est à l’origine d’une de ses plus belles créations. Objectivité totale. Subjectivité artistique.

Les heures s’écoulent et je découvre avec grand bonheur que Derain, Giacometti et Balthus sont restés des enfants. En effet, ils accordent tous trois une grande importance aux jeux dans leurs oeuvres. Derain est l’auteur de Pierrot et Arlequin (vers 1924). Le retour à l’âge des bêtises et de l’insouciance est imminent. Giacometti n’en finit pas de nous étonner à travers la réalisation d’un somptueux jeu d’échecs. Balthus nous prouve avec Les enfants Hubert et Thérèse Blanchard (1937) que le temps est enfance. Beaux synonymes.

Pour terminer cette fantastique aventure, André, Alberto et Balthasar ont aussi signé les décors et les costumes de pièces de théâtre et autres ballets russes. Les Cenci, Les Songes, La Concurrence. Ils passent de l’atelier à la scène avec le même enthousiasme et la même folie créatrice.

Intemporel !

 

 Marion Allard-Latour

Cézanne : l’art des portraits

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En ce bel été parisien, le musée d’Orsay met en lumière une facette peu connue de Cézanne. Le peintre, célèbre pour avoir réalisé de nombreux paysages dont la montagne Sainte-Victoire, se révèle aussi l’artiste aux 200 portraits. Une belle rétrospective.

Dès la première salle, le public découvre une représentation fabuleuse de son père, Louis-Auguste Cézanne, lisant un journal. Le temps semble s’être figé. J’avance vers d’autres œuvres. Paul Cézanne a également peint sa sœur, Marie, dont la présence est incroyable. La jeune femme aux traits fins et réguliers me fait penser aux personnages des romans de Zola. Belle alliance entre art et littérature.

La grande particularité de Cézanne est celle de « croquer » tout le monde. Des artistes, des paysans, des anonymes et lui-même.

Très inspiré par sa famille, le peintre donne vie à une série de tableaux consacrés à son oncle, Dominique Aubert. Il emploie là une technique picturale qui vise à épaissir les traits des visages comme pour les rendre plus durs voire plus méchants. Pour obtenir un tel résultat, Cézanne utilise un couteau à palette. Plusieurs couches de peinture sont nécessaires afin que l’effet soit saisissant. Très décriée en son temps, cette nouvelle forme d’expression est appelée « couillarde ». Criarde. Ces œuvres-ci semblent fragiles, fissurées. Le charme n’en est que plus grand !

On classe souvent Cézanne comme étant un des plus prestigieux peintres impressionnistes. En réalité, il est au-delà de l’impressionnisme. Les couleurs qu’il invente sont plus que vives, elles sont flamboyantes. Elles racontent une histoire, des douleurs, un passé mouvementé. Âme d’artiste.

En 1869, Paul Cézanne fait une rencontre déterminante, celle de sa future épouse, Hortense Fiquet. Elle devient sa muse. L’objet de la plupart de ses tableaux. Cependant, elle semble ailleurs, délaissée, triste. Cézanne ne cache rien. Il raconte avec ses pinceaux l’histoire compliquée d’un couple. Le public ressent cela. Hortense pourrait être une héroïne de roman. Elle est celle de son existence. Ils auront ensemble un fils, Paul.

Paul père peint Paul fils. Le visage de l’innocence, le visage blanc de l’enfance, la pureté réelle.

Un autre élément m’a marqué. Lorsque nous observons les toiles de Cézanne, les visages sont parfaitement accordés avec le fond. Les personnages sont mêlés au décor comme s’il n’y avait pas de frontières. Les exemples les plus frappants sont La femme à la cafetière (vers 1895) ou encore La vieille au chapelet (1895-1896).

Cézanne rend également hommage à de nombreux amis dont Ambroise Vollard. Marchand d’art, il gère les œuvres de Cézanne d’une main de maître.

La fin de l’exposition est dédiée au jardinier Vallier. Cézanne lui consacre ses dernières toiles, colorées puis sombres, avant de disparaître en 1906. Au pays du soleil, certainement.

 Marion Allard-Latour

Le Mans : La Nuit des Chimères

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« La Compagnie des Gens Plusieurs » proposait hier soir un somptueux spectacle, Jacques le Chimérique. Le public, nombreux, s’est retrouvé près de la Cathédrale Saint-Julien du Mans, place Saint-Michel, impatient de découvrir l’histoire de la Cité Plantagenêt.

Trois comédiennes déambulent en chantant des airs joyeux et entraînants avant l’arrivée de Jacques le Chimérique (Jacques Gouin). Ce dernier nous conte l’histoire de Paul Scarron, auteur du Roman comique et premier époux de Françoise d’Aubigné qui deviendra Madame de Maintenon. Nous nous trouvons à côté de la maison qu’il a habité. Les lieux restent toujours les mêmes. Les générations défilent.

Nous tournons ensuite autour de la cathédrale. Jacques le Chimérique narre à présent la vie de plusieurs évêques du Mans. Petits et grands, nous nous rapprochons, des secrets subsistent. Nous sommes mis dans la confidence mais silence !

Le Mans est également une ville de cinéma. Les plus grands sont venus ! Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Leonardo DiCaprio ! L’histoire contemporaine se mêle à l’histoire médiévale !

Sous une pluie battante, nous accédons ensuite aux Jardins de l’officialité. La beauté architecturale et les lumières nous plongent au cœur du XIIème siècle. Voyage dans le temps !

Sur la scène, la dynastie des Plantagenêts est évoquée au grand jour. Henri II en est le personnage principal. Mariage avec Aliénor d’Aquitaine, conflit avec le roi de France Philippe II, lien avec Thomas Becket, trahisons et filiation, tout est merveilleusement bien interprété.

La soirée s’est terminée avec de superbes illuminations projetées sur la cathédrale !

Enchanteresque !

                                                    Marion Allard-Latour